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La résurgence de Maestro Salieri

La Grotta di Trofonio par

Il aura fallu plus de deux cent ans pour que le triomphe colossal de La Grotta di Trofonio d’ connaisse une nouvelle ovation publique. La dernière apparition de cet ouvrage, quelque quinze ans après sa présentation en primeur au public du Burgtheater de Vienne, eut lieu à Vienne en 1799. La création lausannoise de cette production du fidèle tandem Rousset/Opéra de Lausanne a connu un triomphe généreusement exprimé. Les bravos scandés et les applaudissements sans réserve qui ont fusé tout azimut au terme des trois heures (pause comprise) de spectacle sont là pour l’attester. , qui signe la mise en scène (lire l’interview) et co-signe les copieux décors avec Peter Wilkinson a eu maille à partir avec un livret très ancré dans le siècle des Lumières, avec des enjeux qui peinent à s’affirmer, du moins en l’état, au jour d’aujourd’hui. S’il y a bien sûr les sempiternels problèmes de la rencontre entre amants et la concomitance de leurs désirs, ceux-ci se vivent au travers du prisme des croyances apposées à la science et au savoir en ce temps-là. Deux sœurs sont sur le point de sceller leur union avec l’assentiment paternel. Ophelia, studieuse et sérieuse, est l’élue d’Artemidoro, jeune homme au tempérament similaire et que tout porte vers l’étude circonspecte et vers une sagesse sans panache. Sa sœur, Doris, impétueuse, s’est entichée du jeune Plistene, fantasque, folâtre et bon vivant. Le père ne s’y oppose guère, voyant pour chacune de ses deux filles l’époux désiré. Au gré d’une balade en forêt, les jeunes hommes se retrouvent devant l’entrée de la grotte de Trofonio, philosophe retiré et magicien. La grotte est le siège d’une science paranormale qui aura pour conséquence d’inverser le tempérament de celui ou celle qui la visitera. On le comprend d’emblée, chacune et chacun va faire l’expérience de cette inversion de tempérament avec comme corollaire immédiat une cassure dans l’harmonie des couples en gestation. A la fin, Trofonio retournera seul dans sa grotte après que tous aient reconnu l’existence de ses pouvoirs de magicien, preuve « scientifique » à l’appui puisque l’expérience de la grotte, réversible, fut menée à son terme. Les couples se retrouvent et la boucle et bouclée.

La comédie de Gianbattista Casti raille à foison la foi aveugle en la connaissance scientifique qui donnerait de manière exhaustive des réponses à tout. Le reste est comédie de mœurs, incompréhension momentanée et situations cocasses. explore cette fable en mettant un soin particulier à cultiver l’humour. Volontiers désopilant, jamais vulgaire, il détourne ce qui peut avoir mal vieilli pour en faire des gags, surprendre. Le dispositif scénique est important, relayé par des lumières très changeantes et des costumes un peu disparates qui ont l’avantage de ne pas figer cette farce dans une époque trop bien définie. Il échappe ainsi au travers d’une lecture au pied de la lettre qui enfermerait l’ouvrage dans une facture pour musée de cire et priverait de certaines opportunités comiques. Beaucoup de détails viennent paraphraser l’action telles les pantomimes des squelettes dans la maison paternelle. La grotte de Trofonio apparaît pour sa part sous les dehors d’un train fantôme de foire itinérante.

A l’écoute de la musique, superbe et inventive, on se demande s’il n’eût pas suffi, parfois, de lui faire un peu plus confiance. Salieri a été un très grand maître, n’en déplaise à ses détracteurs par trop enclins à prendre le film de Milos Forman en otage pour le dénigrer. Celui qui fut le professeur des plus grands, jusqu’à Schubert et jusqu’au tout jeune Liszt, signe avec la Grotta di Trofonio une partition qui semble reliée d’un côté aux maîtres du baroque (par certains récitatifs quasi secco) et de l’autre, certes avant l’heure, à Rossini, dont il anticipe les ensembles enlevés et volubiles. Son art de l’orchestre est au surplus à rapprocher des classiques viennois. La présentation de la grotte de Trofonio rappelle les épisodes du Commandeur dans Don Giovanni alors que Gluck, voire Carl Maria von Weber, semble avoir en Salieri un homologue contemporain d’égal talent. Des ensembles et des airs variés jalonnent cette musique à mettre de toute urgence entre toutes les oreilles ! Cela sera bientôt possible puisque le label Ambroisie va, comme ce fut le cas l’an passé pour Roland de Lully (dont les représentations et l’enregistrement ont été chroniqués ici) enregistrer l’œuvre dans les murs de l’opéra de Lausanne, plus exactement au terme de la série de représentations. A paraître prochainement.

que a fondé en 1991 sont au sommet de ce que l’on peut attendre d’une fosse d’opéra. Souple et attentive, la direction du musicien enchante et s’équilibre magnifiquement avec le plateau. La distribution a l’avantage de se profiler avec des voix larges et plus unanimement généreuses que lors des récentes productions avec les mêmes Talens Lyriques. De beaux timbres et des rondeurs vocales pleines d’expressivité portent chacun des rôles. en Trofonio est une basse profonde vigoureuse qui eût fait un Osmin très convaincant. , qui fut Norina la saison passée dans Don Pasquale et , Eurydice à Lausanne en 2004, ont de charmantes voix agiles et font montre de qualités d’actrices pétillantes à souhait. Le ténor (Artemidoro) projette une voix fort belle aux couleurs changeantes, originales, et qui rompt agréablement avec les tics « sur-italianisants » de certains de ses homologues de tessiture. Le Plistene de Mario Cassi (baryton) comme l’Aristone d’ (basse) sont deux séduisants dépositaires des lignes de chant écrites en clé de fa.

Que des éloges donc pour cette nouvelle production lausannoise qui invite à entonner la dédicace chorale de Schubert adressée à Salieri : « Unser aller Gosspapa, bleibe noch recht lange da », tirée de la cantate D. 407 écrite pour célébrer les cinquante années de Hofkapellmeister de Salieri à Vienne. Le métier de l’Italien est on ne peut plus incontestable !

 

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