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La Péniche Opéra fête ses compositeurs

Nuits de la Contemporaine

Alors que les files d’attente grossissaient à l’entrée des musées, La Péniche Opéra ouvrait ses portes au public, ce samedi 16 mai, pour La Nuit de la contemporaine, nous conviant, dans une première partie, à réentendre les quatre pièces en création commandées par à Pascale Criton, , et lors des Lundis de la contemporaine.

C’est à l’issue de ce premier concert que débutait véritablement la Nuit blanche, en trois parties copieuses – on pouvait néanmoins se restaurer entre chaque – réunissant tous les fidèles de la Péniche, compositeurs (présents pour la plupart) mais aussi instrumentistes et chanteurs ; on ne pourrait les citer tous, mais saluons, parmi les plus sollicités, le baryton , directeur artistique de cette Nuit et présent sur tous les fronts, les sopranos Caroline Chassany, Maja Pavloska, Anne Shin et Chloé Waysfeld, la mezzo Valéris Rio et les pianistes Christophe Manien et .

Toutes les pièces de la seconde partie, à quelques exceptions près – Chemin de Jérusalem de par exemple, superbement joué à la viole de gambe par Nima Bendavid – mêlaient la voix et l’instrument selon des configurations très variées. Dans La lune à la fenêtre, Graziane Finzi confie les poèmes/ haïkus d’auteurs japonais aux voix, toutes féminines, du quatuor Hélios dans un rapport très ludique entre le mot et le geste instrumental.

Aux côtés de la violoniste Silvia Tarozzi, Anne Shin exploite toutes les facettes de son registre vocal pour varier les couleurs et les affects dans Kafka fragmente, un cycle étonnant de quarante miniatures – nous n’entendions que la première partie – écrites par le compositeur hongrois sur le Journal et les lettres de l’écrivain. Sur une partie de piano très délicate, comme effleurée par le jeu sensible et habité de , dit les merveilleux textes du poète chinois Dù Fû choisis par dans Ecrit à Quinzou.

Dans Rap, Franck Gervais tente le mariage improbable de la viole de gambe au jeu tout en syncope de Nima Bendavid et de la voix contestataire de – inattendu dans un tel registre – qui s’acquitte en véritable héros de ce rap alternatif plutôt «bon chic bon genre». Il est près de deux heures du matin lorsque Florian Cousin – un des Musiciens du Louvre jouant avec la même maestria la flûte traversière et le traverso baroque – interprète Afin que sans cesse je songe, une pièce d’envergure de (créée en 2002) dont le titre provient d’un poème anonyme du XVIe siècle mis en musique par . Les neuf premières notes de la Chanson, servant de pattern mélodique, inspirent à la compositrice une suite de variations développant avec beaucoup d’invention différents types d’articulation mélodique jusqu’à ce que les paroles viennent sur les lèvres de l’instrumentiste qui les dit une première fois, au centre de la pièce, puis les mime, tonlos, au terme du processus, captant l’attention de l’auditeur jusqu’au geste ultime.

Et ainsi continuait la Nuit, avec une troisième et une quatrième partie que seules les oreilles les plus téméraires ont pu entendre…