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Carmen à Tours, Andrea Hill mezzo à suivre

Nul n’ignore les affinités de et de sa phalange avec le répertoire français de la seconde moitié du XIXe siècle et des deux premières décennies du XXe. Cette reprise de Carmen en administre une nouvelle preuve flagrante. La lecture orchestrale s’inscrit dans la grande tradition française combinant une parfaite maîtrise rythmique, un sens aigu de la dynamique et un souci permanent de la couleur instrumentale.

Nous retiendrons en particulier la poésie du prélude du 3e acte, la sensualité des cordes lors du chœur des cigarières et l’accompagnement fusionnel de Là-bas dans la montagne. Chaque pupitre de l’orchestre serait à féliciter pour sa précision comme pour la rondeur de ses sonorités. Pareil éloge revient à la maîtrise et aux chœurs, préparés par , qui font preuve d’une discipline exemplaire.

Nous avions salué le travail de lors de la création de cette production en 2008 avec Sophie Fournier et Luca Lombardo pour protagonistes principaux. Le metteur en scène, en quête de vérité théâtrale, écarte toute tentation exotique et s’attache plutôt, dans un cadre intemporel et dépouillé, à dresser le portrait d’une femme libre jusqu’au sacrifice, qui n’écoute que son instinct et refuse tout calcul. Il a réalisé un travail de mise en place très précis avec cette distribution entièrement renouvelée, ce qui bénéficie en premier lieu à la titulaire du rôle titre.

Ancienne pensionnaire de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, est en effet une révélation. Souple et ondulante comme une liane, elle incarne avec naturel cette femme libre voulue par le metteur en scène qui enflamme les passions sans jamais se montrer manipulatrice. Son mezzo aux couleurs claires teinté de reflets fauves séduit autant que son impeccable diction. Son chant reste en permanence scrupuleux, sans rechercher l’effet et sans la moindre vulgarité, et nous pensons à plus d’une reprise à l’interprétation d’Anna Caterina Antonacci. Il faut toutefois signaler que le volume limité de la voix ne lui permettrait sans doute pas à ce jour d’aborder le rôle dans de plus grandes arènes.

campe une Micaela charmante mais un brin affectée. Elle fait preuve de beaucoup de fraîcheur dans son duo avec José et possède un joli matériau vocal qu’il convient de continuer à polir ; si elle dispense de réels instants de grâce, elle connaît aussi des tensions vocales parfois liées à un extrait de générosité comme dans Je dis que rien ne m’épouvante. Les qualités de sont connues : séduction du timbre, diction précise, technique aguerrie mais le ténor, comme dans Roméo et Juliette l’an passé face à Anne-Catherine Gillet, se montre inutilement démonstratif par instants et pâlit devant le naturel de sa partenaire. , baryton français faisant carrière sur les scènes germaniques, ne marque pas les esprits en Escamillo ni par une voix assez mate ni par un jeu scénique en retrait. Parmi les seconds rôles, nous signalerons enfin un Moralès de bonne école ainsi que les deux séduisantes bohémiennes de Chloé Chaume et , déjà remarquées ici respectivement dans L’Aiglon et Don Giovanni.

Crédit photographique : (Carmen) © François Berthon

orchestre Symphonique Région Centre Tours