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Carmen rendue à sa vérité théâtrale

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Tours. Grand Théâtre. 16-V-2008. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, opéra comique en 4 actes, sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Gilles Bouillon. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Marc Anselmi. Lumières : Marc Delamézière. Avec : Sophie Fournier, Carmen ; Maria Rey-Joly, Micaëla ; Caroline Mutel, Frasquita ; Anna Destraël, Mercédès ; Luca Lombardo, Don José ; Evgueniy Alexiev, Escamillo ; Antoine Garcin, Zuniga ; Jean-Marie Frémeau, Dancaïre ; Léonard Pezzino, Remendado ; Ronan Nédelec, Morélès. Chœurs et Maîtrise de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque), Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

Deux mois après nous avoir superbement révélé les côtés les plus sombres de Pelléas et Mélisande, a décidé, pour cette nouvelle production, de rendre Carmen à sa vérité théâtrale première, en la libérant des tics et des pesanteurs imposées par une certaine tradition interprétative. Il estime en effet, à fort juste titre, que Bizet et ses librettistes ont fait preuve d’un tel instinct, dans la construction dramatique comme dans la caractérisation des personnages, qu’aucune relecture ne s’impose. S’il place les personnages dans un cadre contemporain, c’est pour souligner à quel point les espagnolades sont secondaires dans l’œuvre : « l’évocation de l’Espagne répond moins à un goût du pittoresque qu’au désir d’inscrire le récit dans le pays le plus catholique et conservateur d’Europe ». Le programme du spectacle fait plutôt référence à Almodovar ou Kusturica pour caractériser l’univers visuel construit par la décoratrice (avec le concours inspiré de pour les costumes), un cadre brûlé par le soleil où les passions s’exacerbent inévitablement. Pour autant, la fidélité au texte est constante et s’attache, par une direction d’acteurs inventive et pertinente, à en mettre chaque intention en valeur. Les personnages secondaires sont caractérisés avec un soin inhabituel, et le maître d’œuvre de la partition n’oublie pas la composante comique de l’œuvre, parsemant les scènes de caractère de quelques gags roboratifs, en particulier chez Lilas Pastia. Il possède par ailleurs un sens de l’image dont profite en premier lieu la titulaire du rôle titre.

Nous attendions avec curiosité la première Carmen hexagonale de , et nous n’avons pas été déçus. Imposant des couleurs plus claires que celles de nombre de titulaires du rôle, elle se révèle parfaitement à l’aise vocalement dans cette tessiture et nous séduit par sa liberté scénique, la qualité de sa diction, la franchise de ses aigus et son respect scrupuleux de la partition. En accord avec la vision du metteur en scène, refuse en effet tout effet facile dans la Habanera ou la Séguedille pour rester concentrée sur le portait d’une femme libre, spontanée et sans calculs, qui est séductrice par instinct plus que par fabrication, tentatrice mais jamais aguicheuse. Les provocations pourtant les plus explicites envers Don José et Zuniga sont accomplies avec un naturel confondant, sans une once de vulgarité. impose incontestablement une nouvelle lecture, personnelle et convaincante, du rôle titre, sur laquelle nous reviendrons lors de la prochaine publication d’un entretien qu’elle a accepté de nous accorder.

A ses côtés, nous retrouvons , grand habitué du rôle de Don José qu’il maîtrise parfaitement et dont il dresse un portrait convaincant, déchiré entre une passion qui lui échappe et une éducation dont il ne parvient à se défaire. Vocalement, il ne lui manque qu’un brin de souplesse pour assurer le pianissimo diminuendo final de l’air de la fleur. Toréador de belle prestance, séduit dans Escamillo, en dépit d’un léger problème de souffle à son entrée et de quelques notes graves négociées sur le fil du rasoir. En dépit d’un timbre séduisant, d’une jolie présence juvénile et d’une musicalité qui fait mouche dans son duo avec Don José au premier acte, la soprano espagnole ne nous convainc que partiellement, par la faute d’une diction perfectible et d’une approche trop uniformément volontaire du personnage. Sa Micaëla peut à juste titre affirmer que rien ne l’épouvante… Les seconds rôles sont tous très bien tenus.

Nous avons déjà souligné les affinités de et de sa phalange avec l’opéra français. Le chef ne nous fait pas mentir avec une direction dynamique et équilibrée, mettant en valeur la sonorité de tous les pupitres d’un Orchestre Région Centre – Tours en grande forme. Préparés par , les chœurs et la maîtrise de l’Opéra de Tours apportent leur écot à une soirée triomphalement accueillie par le public tourangeau.

Crédit photographique : © DR

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Tours. Grand Théâtre. 16-V-2008. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, opéra comique en 4 actes, sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Gilles Bouillon. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Marc Anselmi. Lumières : Marc Delamézière. Avec : Sophie Fournier, Carmen ; Maria Rey-Joly, Micaëla ; Caroline Mutel, Frasquita ; Anna Destraël, Mercédès ; Luca Lombardo, Don José ; Evgueniy Alexiev, Escamillo ; Antoine Garcin, Zuniga ; Jean-Marie Frémeau, Dancaïre ; Léonard Pezzino, Remendado ; Ronan Nédelec, Morélès. Chœurs et Maîtrise de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque), Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

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