ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

L’Amérique latine baroque de García Alarcón

À la Salle Gaveau, réunit des éléments de ses deux ensembles, la et le , et la formation instrumentale Clematis, pour un programme autour d’œuvres latino-américaines du XVIe au début du XVIIIe siècle.

Menés par le tambour et le cornet à bouquin, les chanteurs font leur entrée en procession depuis le fond de la salle, sur un chant marial en quechua, Hanacpachap cussicuinin. Ferveur, richesse musicale, exotisme : le ton du concert est donné.

Dans le disque Carmina latina (Ricercar, 2013) dont le programme s’inspire, œuvres religieuses et profanes étaient séparées ; a choisi ce soir de les mêler, afin peut-être de souligner la porosité, si propre au Nouveau-Monde, entre l’Église et le siècle. Les premières, en latin, sont représentées par un Magnificat de , et par deux Salve Regina à huit voix de , et de que l’on continue de redécouvrir. Présentant les caractéristiques des polyphonies de la Renaissance, même pour les plus tardives, ces œuvres, très européennes, sont marquées par une grande richesse mélodique, vocale et instrumentale, mais aussi par une certaine verticalité et une grande solennité, du moins dans l’interprétation de ce soir. Plus variées sont les œuvres profanes, très souvent à teinte religieuse comme les villancicos, dont le mentor de García Alarcón Gabriel Garrido s’est fait une spécialité. Ces textes poétiques en espagnol, très souvent sur le thème de la Nativité (A Belén me llego, Tío de , Vaya de Gira de ), sont mis en musique de manière exubérante, avec force alternance chœur-solistes et intermèdes instrumentaux.

On est frappé par l’aspect extrêmement vif, festif, jubilatoire de cette musique, et par l’énergie des interprètes. Les syncopes et les hémioles sont nombreuses, les chanteurs esquissent souvent des pas de danse. Certes l’enchaînement des morceaux ne laisse pas respirer le public, et la fatigue se fait un peu sentir en fin de concert dans l’articulation des consonnes, mais que d’enthousiasme, et que de justesse ! Les fréquents passages d’un registre à l’autre sont très bien rendus, comme dans La bomba de , dans laquelle les marins, dans leur navire qui prend l’eau, alternent cris de désespoir, onomatopées, prières, remerciements au ciel, chorals (en latin)… dans une chanson très plaisante qui a sa place avec celles de Clément Janequin.

L’imposant dispositif instrumental n’est pas étranger à l’impression de feu d’artifice parfaitement maîtrisé que laisse le concert : les éléments originaires de la Péninsule ibérique (vihuela, guitare, castagnettes, percussions) côtoient les plus universels violes, théorbe, harpe, clavecin et orgue, flûtes à bec, cornet et basson. Solistes et chœur se mélangent en permanence, si bien que rares sont ceux parmi la quinzaine de chanteurs qui n’auront pas été mis en avant, et qu’il est difficile d’en dégager l’un ou l’autre. À part , qui a l’occasion de montrer sa voix fine et racée et sa présence corporelle très « flamenca » sur des pièces du programme pour soprano solo accompagné (Romerico florido de Matheo Romero et la berceuse pour l’enfant Jésus Desvelado Dueño mio de ) et lors d’un bis, tout comme le ténor Emiliano Gonzaléz Toro, sur une chanson du XXe siècle.

Crédits photographiques : Leonardo García Alarcón © DR ; Leandro Marziotte, Leonardo García Alarcón, , et Matteo Bellotto © Claire Pain.