L’essence du cri, avec l’Ensemble Clément Janequin

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, La Péniche Opéra. 28-III-2011. Clément Janequin (1485 – 1558) : La guerre ; Denis Levaillant (né en 1952) : Madrigaux de guerre n°1, n°2, n°6 ; Matteao Flecha (1481-1553) : La Bomba ; JeanGeorges Kastner (1810-1867) : Le cri du Bagnerais ; Ricet Barrier (1932) : La Chanson des spermatozoïdes ; Vincent Scotto (1874-1952) : Le cri du poilu ; Charles Sablon (1871-1928) : La chanson de Craonne ; Bruno Ducol (1949) : le Cri, Für die Jugend op. 30 bis. Ensemble Clément Janequin. Dominique Visse, haute-contre ; Hugues Primard, ténor ; Vincent Bouchot, ténor ; François Fauché, baryton ; Renaud Delaigues, cbasse ; Elisabeth Geiger, orgue ; Clément Ducol, percussions ; Dorian Astor, philosophe ; Damien Schoëvaërt, biologiste ; Djénébou Bathili, comédienne en langue des signes ; Virginie Lassilier, mise en scène.

Quittons la terre ferme pour le monde des idées. Mais restons sur l’eau et en musique. La Péniche Opéra nous embarque sur des rives inconnues, nous ouvre des horizons inespérés où la musique se fait la passerelle d’une réflexion philosophique sur le cri, dans une production intitulée «Les Cris du cri». Non plus les cris de rue ou les cris érotiques, mais les cris de guerre, avec l’, en quintette, toujours brillants et déjantés.

Voici donc présentée une anthologie musicale du cri. Ouvrant les coffres de la mémoire, le programme mêle habilement les styles et genres musicaux, de la Renaissance à nos jours, dans des transitions finement amenées, chantées, scientifiquement démontrées, philosophiquement analysées. Sont à mentionner les interventions très appréciables du biologiste Damien Schoëvaërt et du philosophe Dorian Astor, qui ont donné un éclairage crucial à cette réflexion autour du cri, qu’il exprime la révolte, la terreur, la détresse suscitée par l’urgence du temps qui se dérobe.

Avec «la Guerre» de Clément Janequin, le cri réveille les troupes : l’Ensemble donne le meilleur et nous offre une superbe homogénéité vocale, une diction impeccable, et surtout un sens inné de l’humour musical, tout en contrastes, en liberté de ton, en jeux d’onomatopées, pour le plus grand plaisir du public. Puis l’énergie solaire laisse place à la plainte douce-amère de la polyphonie dissonante de . Par la suite, le cri de détresse et les vœux pieux des marins espagnols de «la Bomba» de Matteo Flecha reste particulièrement savoureux. Les idéaux, les époques, les styles musicaux s’entrechoquent, du «Tout pour la patrie» du cri du Bagnerais de Georges Kastner, au chant révolutionnaire «El pueblo unido jamas sera vencido», et même un slam en langages des signes.

Le programme se termine sur la pièce de Für die Jugend, dernier cri, où les gestes, presque chorégraphiés, se meuvent et réinventent le langage musical. Bien qu’appréciant l’excellente performance de et de , ce dernier cri pourrait n’avoir ému que le cercle restreint des amateurs du genre…

Voilà donc une soirée remarquablement construite et riche, avec une très belle présence vocale et scénique.

Crédit photographique : © Kœn Broos

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