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Les trente ans du Festival de Sablé

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Sablé, Les 30 ans du Festival. 21&23-VIII-2008. Venezia, dalle strade ai Palazzi. Claudio Monteverdi (1567- 1643). Francesco Manelli (1594- 1667). Benedetto Ferrari (1595 ?- 1681 ?). Benjamin Lazar, mise en geste. Le Poème Harmonique. Théorbe, guitare baroque et direction : Vincent Dumestre. « El Siglo de Oro del Nuevo Mundo ». Juan de Araujo (1648- 1712). Gaspar Fernandes ( ?- 1629). Ensemble Elyma. Direction : Gabriel Garrido. Antonio Vivaldi (1678- 1741) Les Quatre Saisons. Gli Incogniti. Violon solo et direction : Amandine Beyer.

Le Festival de Sablé fêtait cette année ses 30 ans et a rassemblé durant une courte semaine tous ceux qui pouvaient prétendre d’une manière ou d’une autre à ce «trentenaire» également. Parmi tous les invités, et y figuraient. C’est avec un programme connu mais empruntant des formes nouvelles que cet ensemble s’est présenté aux festivaliers.

Le Fasolo, programme fascinant s’il en est, offre une musique aux infinies variations autour du mensonge, de la duplicité, du miroir ; reflet des amours trompeurs, du carnaval, et de la mort qui se cache sous le masque. Mais Venezia, dalle strade ai Palazzi s’ouvre d’abord sur un air de , «Dormo Encora» et tel Morphée versant son philtre, le maître des dissonances et , vous entraînent dans une variante bien plus sombre du disque Il Fasolo ou du Carnaval baroque.

Cette présence obsédante de la basse obstinée de Monteverdi à Manelli, renforce cette sensation de souffrance ou de séduction à la sensualité troublante, libérant la mélancolie de la nuit qui règne sur scène et toutes les possibilités du sommeil. C’est ce que révèlent également si bien le timbre aux clairs/obscurs de dans le Lamento de la Ninfa ou la gouaille «désespérée» de Serge Goubioud dans la «Canzonetta : Sguardo lusinghiero». La mise en gestes hypnotique de et l’éclairage à la bougie renforcent cette vision de Venise où chaque gondolier trace un sillage/passage à la vie, flamme passagère d’une embarcation incertaine. se fait poète, peintre et musicien et ses palettes sont aussi riches en nuances que chaque flamme est unique, mystérieuse et insaisissable.

Ce nouveau programme du Poème Harmonique est une merveille de sensibilité et d’intelligence, l’ensemble des musiciens et des interprètes, contribuent à nous y révéler la richesse infinie du monde baroque (n’oublions surtout pas, Arnaud Marzorrati qui dans La Barchetta passagiera par son timbre et ses dons d’acteurs possède une réelle facilité à caractériser les différents personnages qu’il y tient). Cette richesse qui joue des contrastes, se retrouve dans le concert de clôture du festival, de et de l’ensemble Elyma. Couleurs, parfums, exubérance du Siècle d’or, «El Siglo de Oro del Nuevo Mundo», nous présente quelques merveilles qui se cachaient dans les bibliothèques du Nouveau Monde.

La variété des villancicos est aussi foisonnante qu’une forêt tropicale et par l’intermédiaire de deux compositeurs ibériques ayant émigrés aux Amériques au XVIIe siècle : Juan de Araujo et Gaspar Fernandes, nous en fait entendre deux styles d’écriture. Le talent des interprètes révèlent ainsi certaines de leurs caractéristiques, mêlant tradition poétique et courtoise au métissage, à cette «mosaïque des cultures»*, que furent les terres du Nouveau Monde. Pour écouter cette musique, , après une première partie «classique» durant laquelle le public sembla presque imperméable à son caractère humaniste, nous proposa de retrouver la spontanéité qui caractérisa si bien le renouveau baroque, nous invitant à quitter des chaises de toute manière inconfortables, pour venir imaginer en reprenant contact avec le sol (fut-il celui d’un gymnase), l’essentiel de ce qui en fait un passage pour nos racines, un «passage» interculturel et générationnel.

Des interprètes inspirés, complices, joyeux, chaleureux redonnant à tous nos sens l’éveil, l’écoute indispensable des mots et des sons, de la richesse instrumentale et vocale que souligne cette diversité de l’héritage des villancicos. Gabriel Garrido fut donc un enchanteur qui redonne le temps d’un concert, l’illusion que les musiciens et le public pouvaient se retrouver dans une même communion de joies et de peines, malgré le temps et les différences de classes sociales, que nous partageons.

Spontanéité, joie de vivre et mélancolie, voilà aussi ce que nous avait offert la veille, dans une interprétation (sur laquelle nous reviendrons par son disque qui vient de sortir chez Zig Zag Territoires) séduisante, sensible, rare et enlevée des Quatre Saisons de Vivaldi. Revenant aux sources du baroque, la majorité des interprètes présents au Festival de Sablé, et ce, quelques soient les programmes proposés, nous ont ainsi permis d’entrevoir le futur de cette musique ancienne ?

«Mosaïque des cultures» : Gabriel Garrido

Crédit photographique : © DR pour et Monique Parmentier pour Gabriel Garrido

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