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Kent Nagano et L’Aiglon d’Ibert et Honegger

Oublié depuis la production d’un double disque capté en public en janvier 1956, avec l’Orchestre national de France sous la direction de Pierre Dervaux et la soprano dans le rôle-titre, c’est avec bonheur qu’on accueille ce nouvel enregistrement d’une très belle œuvre, qui se partage deux compositeurs pour un seul librettiste.

Nos colonnes ont relaté les reprises de Lausanne en avril 2013, de Tours en mai de la même année, de Marseille en février de cette année, des mises en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser montées à l’origine pour l’Opéra de Marseille en octobre 2004. Chacun d’entre nous s’est émerveillé par les prestations de Carine Séchaye à Lausanne et à Tours, et de Stéphanie d’Oustrac à Marseille. Des succès indiscutables qui aujourd’hui se prolongent avec cette édition bienvenue d’un enregistrement tout à fait réussi. Réunissant une distribution de chanteurs francophones, un soin tout particulier a été apporté à la diction et c’est un plaisir sans cesse renouvelé d’entendre chanter la langue de Voltaire avec autant de clarté.

L’œuvre étant écrite à quatre mains, bien malin qui réussira à dire qui de Honegger ou de Ibert a écrit quoi, tant l’unité musicale que expose dans sa direction d’orchestre est surprenante. Le chef japonais imprime une légèreté admirable à l’, une musique étonnamment aérienne pour le drame du fils de Napoléon exilé au château de Schönbrunn, à Vienne, avec à l’esprit la grandeur de son père.

Dans le rôle-titre, la voix de Catherine Gillet (le Duc de Reichstadt) semble un peu légère, même si la soprano belge s’investit beaucoup pour faire passer le personnage. Mais ne boudons pas notre affaire, avec l’extrême clarté de sa diction, c’est un régal. Elle est particulièrement touchante dans la scène de l’agonie du Duc. (Séraphin Flambeau) semble être l’incontournable grognard puisque, apparaissant déjà dans les productions de Lausanne, de Tours et de Marseille, il figure dans la distribution de cet enregistrement. Il y apparaît en meilleure forme qu’à Lausanne, la voix étant mieux en place. Le baryton canadien  est le vilain Metternich, il use bien d’une voix acide pour camper son personnage. Ainsi en est-il de la qualité impeccable des autres protagonistes, avec une Impératrice Marie-Louise de luxe chantée par .

Une redécouverte musicale trop longtemps oubliée. Sa parfaite traduction musicale rend incompréhensible qu’un tel chef d’œuvre soit resté si longtemps inconnu des scènes… et du disque. Puccini n’aurait pas fait mieux !