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Coup double pour le Falvetti de Leonardo García Alarcón à Versailles

La redécouverte du sicilien doit beaucoup aux deux enregistrements de à la tête de sa et du : l’oratorio Le Déluge et Nabucco. Recréés à Ambronay, deux ouvrages trouvent dans la résonance généreuse de la Chapelle Royale de Versailles un écrin et un espace acoustique exceptionnels.

Avec des couleurs harmoniques à mi-chemin entre le théâtre musical et la musique religieuse, l’écriture de Falvetti offre une admirable palette d’effets et d’images. Passant en un tournemain de la violence des éléments déchaînés à la douceur du sentiment amoureux, Il Diluvio universale déploie une fresque sonore qui n’hésite pas à convoquer sur scène les allégories de Dieu et la Mort en commentateurs avisés de ce crucial épisode biblique… La naïveté baroque du livret de Vincenzo Giattini puise dans l’immédiateté des effets narratifs qu’on pouvait trouver sur le parvis des églises médiévales : imitation de la pluie, de la noyade avec les mots prononcés à moitié, la Mort accueillant les hommes et les tarentelles furieuses qui concluent l’ouvrage.

Interprétée dans la Cathédrale de Messine à l’occasion de la prise de fonction du maître de chapelle Falvetti, ce Déluge universel bénéficie d’interprètes aussi virtuoses qu’engagés, à commencer par le Chœur de Namur qui cisèle ses entrées avec maestria dans le A fuggire, a morire ou bien la scène de la Justice Divine (excellent ) convoquant les quatre éléments pour débarrasser la Terre de ses importuns humains. n’atteint pas en Noé, la présence et le charisme de son épouse Rad (, voix volubile et parfaite de projection). Si est parfait de ligne et de volume dans ses apparitions dans le rôle de Dieu, Fabián Schofrin peine à franchir la rampe malgré l’extravagance « gothique » du costume de la Mort.

Le continuum insolite et pluriel des percussions iraniennes de Keyvan Chemirani donne un relief théâtral vraiment remarquable à cette musique à mi-chemin entre sacré et profane. On se réjouit d’entendre comment les modes de jeux s’intègrent et dialoguent avec un instrumentarium baroque traditionnel, contaminant certaines scènes jusqu’à créer des effets de commentaires en écho. Cédant à l’enthousiasme du public, choisit en bis le contrapunctique et délirant final de Falstaff en forme d’hommage à Philippe Beaussant récemment disparu.

Ce Verdi couleur baroque fait la liaison avec la seconde soirée Falvetti à Versailles ; précédant de plus de 150 ans l’illustre version romantique, ce Nabucco ne manque pas d’atouts. Redécouverte récemment par les musicologues Nicolò Maccavino et Fabrizio Longo, l’œuvre est tirée d’un livret de Vincenzo Giattini s’inspirant du Livre de Daniel de l’Ancien Testament. Le personnage de Nabuchodonosor, roi de Babylone, y est présenté sous les traits d’un monarque redoutable qui contraint la population à venir se prosterner devant une statue en or à son image. Trois enfants, Azarias, Ananias et Misaël seront condamnés au supplice de la fournaise pour avoir refusé de rendre hommage au roi.

La scène du songe de Nabuchodonosor est plutôt bien rendue par , même si les interventions du trio (Anania), (Alzaria) et (Misaël), tire la couverture à lui. Daniel sombre et autoritaire, fait exister un personnage plutôt desservi par le livret. Un chœur à la fois présent et expressif bénéficie de la direction très engagée de Leonardo García Alarcón, maître d’œuvre de ces deux soirées en Falvetti majeur.

Crédits photographiques : Frédéric Maurel

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