Déluges de notes et d’applaudissements

La Scène, Musique d'ensemble

Poitiers, église Saint-Hilaire. 06-X-2011. Michelangelo Falvetti (1642-1692) : Il Diluvio universale, dialogo a cinque voci e cinque strumenti, sur un livret de Vincenzo Gattini. Avec : Fernando Guimarães, Noé ; Marianna Flores, Rad ; Evelyn Ramirez Munoz, La Justice divine ; Fabián Schofrin, La Mort ; Magali Arnault, L’Eau ; Caroline Weynants, L’Air / La Nature humaine ; Thibaut Lenaerts, Le Feu ; Benoît Giaux, La Terre ; Matteo Belloto, Dieu ; Keyvan Chemirani, percussions orientales ; Chœur de chambre de Namur, La Cappella Mediterranea, direction : Leonardo García Alarcón

Après une création triomphale à Ambronay en 2010, après un enregistrement remarqué sorti il y a peu, Il Diluvio universale entreprend une tournée hexagonale (grâce aux bons soins d’ « Esprit Musique », la fondation Caisse d’Epargne pour la musique).

Massé en l’église Saint-Hilaire de Poitiers – un des cent clochers qui émaillent la ville – le public a répondu en nombre à ce qui est l’unique concert classique digne de ce nom proposé dans la préfecture de Poitou-Charentes. Il existe bien un auditorium remarquable à quelques mètres de là, mais il est réservé à l’Orchestre de ukulélés de Grande-Bretagne.

Ce Diluvio, partition retrouvée il y a une dizaine d’année, narre le passage de Noé et le Déluge de l’Ancien Testament. Le compositeur , obscur homme d’église calabrais établi en Sicilie, s’adonne avec joie au figuralisme. Le sujet s’y prête : déluge, noyades, arc-en-ciel, … Un véritable torrent musical, qui recèle bien des surprises, telle cette passacaille avec sa basse obstinée exposée fortissimo aux sacqueboutes pour illustrer la pluie incessante, ce chœur crié, aux mots à moitié prononcés (et pour cause : la noyade est générale), l’air comique de la Mort (quand le bateau débarque) et la présence dans le joyeux finale de toute une série de tarentelles. Le livret est comme il se doit tout en symboles, avec la vaste première partie où la Justice divine convoque les quatre éléments pour détruire l’humanité.

donne de cette partition « nouvelle » une vision théâtrale, littéralement un opéra ecclésiastique. Il est aidé par un plateau de solistes homogènes – à commencer par la voix d’alto d’Evelyn Ramirez Munoz, un chœur vaillant et un orchestre en grande forme – surtout les cornets à bouquin et sacqueboutes. Facétie du chef d’orchestre, l’ajout d’un percussionniste iranien, Keyvan Chemirani, qui nous rappelle que le sud de l’Italie a toujours été au croisement des cultures d’Orient et d’Occident. Encouragés par un public chauffé à blanc, pas moins de quatre bis – dont un très curieux final de Falstaff de Verdi, mais sur diapason et instruments baroques… – ont allongé la soirée.

Si cette œuvre, qui rappelle qu’elle est contemporaine des premiers opéras par son engagement dramatique, nécessite une mise en espace minimale (Matteo Bellotto faisant la Voix de Dieu depuis le chœur de l’église) était-ce la peine de déguiser Fabián Schofrin pour figurer la Mort ? Quitte à jouer au mistère et à sotie, genres dramatiques donnés dans les églises au Moyen-âge, autant y aller franchement et ne pas faire les choses à moitié.

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