- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Coup de cœur pour La Jacquerie de Lalo et de Coquard

Redécouvert à l’été 2015 au Festival de Montpellier et de Radio France, l’opéra commencé par Édouard Lalo et achevé par Artur Coquard nous arrive aujourd’hui en CD. L’occasion d’apprécier une partition de qualité, servie par une distribution proche de l’idéal.

Dû à Lalo pour la conception d’ensemble, pour l’intégralité du premier acte et pour la plupart des thèmes qui parsèment l’ouvrage – dont beaucoup, d’ailleurs proviennent du Fiesque de 1868 ; on y entendra également des réminiscences du Roi d’Ys –, l’opéra La Jacquerie fut achevé à la demande de la famille de Lalo par le compositeur Arthur Coquard, élève de . Si l’on ignore la part exacte jouée par Lalo dans la structuration générale de l’œuvre, force est de constater que l’ouvrage ne souffre en rien de ce qui pourrait passer, vu les circonstances, pour une quelconque hétérogénéité stylistique. Parfaitement unifiés, les quatre actes attestent tous le même souci de se démarquer, tout en y reconnaissant une certaine influence, de l’héritage wagnérien qui pesait lourd alors sur la musique française de la fin du XIXe siècle. Dotée d’une orchestration riche et variée, d’une audace harmonique néanmoins habilement contrôlée, de récurrences thématiques qui pourraient presque évoquer le leitmotive wagnérien, la partition ne renonce pas aux grands ensembles et aux numéros fermés qui ont fait en leur temps la gloire de l’opéra français. Pour ses couleurs orchestrales, pour sa richesse mélodique et même pour son histoire forte et poignante, on se hâtera de découvrir cet ouvrage envoûtant de bout en bout.

On ne saurait, de plus, rêver d’une meilleure distribution, autant pour la qualité de la diction, pour l’adéquation du style ou tout simplement pour la pure beauté vocale. Aucun point faible chez les voix graves, par exemple, même si l’on avoue une petite préférence pour le baryton racé de , qui ferait presque racheter le vilain personnage du Comte de Sainte-Croix… Il est vrai également qu’en Guillaume est un assassin fort convaincant dans sa veulerie et dans sa traîtrise, qui ne donne pas vraiment envie de se rallier, comme nous y sommes de toute évidence invités, à la cause des paysans rebelles… Dotée d’une voix de qualité moyenne pour un rôle aussi fort, trouve des accents tout à fait dignes de ce personnage de mère visiblement conçu sur le modèle d’une Fidès du Prophète. Une fois de plus, l’Américain étonne par la qualité de son français et par l’élégance de son style, et envoute par la beauté royale de sa diction et de ses phrasés. Le Chœur et l’Orchestre Philharmonique de Radio-France font comme à l’accoutumée preuve de leur excellence, enlevés par la baguette experte et enthousiaste de . Fait qu’il convient de souligner, la qualité des textes et le chic de l’emballage de ce superbe livre-disque, qui offrent à cet enregistrement plus que bienvenu un cadre réellement luxueux.

(Visited 1 000 times, 1 visits today)