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Le rituel obscur d’Azahar

On ne pourra pas reprocher à , directeur artistique de La Tempête, un manque de parti-pris dans ce nouvel enregistrement intitulé Azahar. Mais malgré sa volonté d’élaborer une nouvelle forme de liturgie, ce rituel méditatif paraît in fine très linéaire et trop austère, alors que se côtoient pourtant dans cette programmation , , Alphonse Le Sage et .

Le collectif La Tempête est né de la fusion entre l’ensemble Europa Barocca et le chœur , fondés respectivement en 2007 et 2008. Dès leur premier album, The Tempest, paru en 2015 chez le même éditeur, ces artistes mélangent les répertoires et les époques pour une mise en perspective des plus singulières. Dans ce disque, les Cantigas de Santa Maria de font directement références à celles d’Alphonse le Sage, alors qu’ puise son inspiration dans la célèbre Messe de Notre-Dame de . La cohérence de ce programme n’atténue pas notre difficulté à rentrer dans cette atmosphère souvent sombre, toujours austère. L’approche des artistes rend ces musiques plus complexes encore qu’elles ne le sont déjà, malgré une influence des musiques populaires inspirée par la démarche de , dont nous avions apprécié le travail l’été dernier au festival du Comminges.

À l’image des compositeurs du XIVe siècle de l’Ars nova, dont la figure principale est Guillaume de Machaut, avec, au début de ce disque, la première messe polyphonique complète que nous connaissons, tente d’établir une nouvelle pratique liturgique. Alors que celle de l’Ars nova a été largement condamnée à l’époque par le pape Jean XXII d’Avignon, qui reprochait l’emploi de rythmes nouveaux et l’utilisation de la langue vulgaire associée au latin dans un même morceau, la démarche aujourd’hui s’inscrit dans cette mouvance : définir un rituel sacré populaire, par le passage du latin à l’espagnol, et le recours à des sonorités inhabituelles.

La puissance vocale des quatre solistes est appréciable. Directes, avec peu de vibrato, fortes d’une sonorité pleine, ces voix défendent avec conviction la musique de Machaut alors que le choix des instruments relève d’une interprétation plus néoclassique qu’historique. , , et gardent chacun leur identité musicale, tout comme les choristes, dont la sonorité d’ensemble est voulue hétérogène. La rondeur et la chaleur du chœur se perdent donc, au profit d’individualités mises en avant. « Je n’aime pas les voix trop lisses », confie d’ailleurs le directeur musical dans le livret…

Mais en harmonisant tantôt dans le style médiéval, tantôt avec des accords plus riches certaines cantigas basées sur des mélodies simples et des rythmes populaires, Simon-Pierre Bestion, au lieu d’obtenir la convergence souhaitée vers la musique de Maurice Ohana, dénature l’identité musicale de ses pièces, altérées également par des improvisations des percussions et même des parties réécrites pour rendre cette partition plus « populaire ». La variété stylistique initiale n’y est plus, l’intensité et la patte artistique des compositeurs se diluent. Étonnamment linéaire, un brin obscur… Qu’il est difficile de s’imprégner de la spiritualité pourtant présente dans chacune de ces musiques !