Le festival du Comminges sur les chemins de Compostelle

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Saint-Bertrand de Comminges. Cathédrale Notre-Dame.
31-VII-2016. Œuvres de Pérotin Le Grand (1160-1230), Pierre Dandrieu (1664-1733), Marc-Antoine Charpentier (1645-1704), Claudio Monteverdi (1567-1643), Francesc Valls (1671-1747), Bernard-Aymable Dupuy (1707-1789). Ensemble Antiphona. Direction : Rolandas Muleika.
02-VIII-2016. Ensemble Organum. Direction : Marcel Pérès. » (Pas de noms de compositeurs puisque ce sont des chants grégoriens).

Rolandas_MULEIKALa cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges faisant partie de la collection inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco des « Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France » tout comme la basilique Saint-Just de Valcabrère et la chapelle Saint-Julien, autres sites du festival, c’est en toute logique que la 41ème édition du festival du Comminges est dédiée à ce pèlerinage. Le concert de l’ et celui d’Organum sont des façons originales d’en faire revivre son histoire. 

à la tête d’un pèlerinage musical

Le lieu majestueux qu’est la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges, édifiée au pied des Pyrénées, impressionne toujours, même pour les habitués de la région. L’orgue d’angle dont nous avions déjà fait l’éloge pour la sortie d’un disque de la collection « Pyrénéorgues » , reste un instrument unique en France. Ce soir, c’est Saori Sato au clavier qui fait résonner cet orgue dans une acoustique que l’on ne peut que savourer.

Le voyage que nous propose l’ est avant tout historique. La programmation nous entraînant dans les sonorités des chants grégoriens et cisterciens jusqu’à la musique baroque de Monteverdi, a aussi la particularité de mettre en avant des œuvres peu connues comme la Chanson de Saint Jacques de Pierre Dandrieu, seule pièce de la soirée en français, et de valoriser la musique du baroque méridional avec Nisi quia de . Des extraits du Codex Calixtinus, livre officiel de Saint-Jacques de Compostelle de 1139, sont naturellement exécutés avec l’antienne Ad sepulcrum beati Jacobi et l’organum Cuncti potens. En raison de l’originalité de cette programmation, mais aussi pour favoriser la connexion avec le public, des interventions plus régulières du chef auraient été appréciables même si le rappel a fait ressurgir sa personnalité enjouée en nous demandant de scander le prénom de l’organiste pour un second rappel.

C’est que la disposition imposée par l’église de bois insérée dans l’église de pierre est une difficulté à dépasser, les artistes ne pouvant s’installer que sur le jubé (la tribune séparant le chœur liturgique de la nef). Même si le fait d’être en hauteur assure une excellente acoustique pour les quatre solistes et le chœur comme pour les violons et la viole de gambe, elle obstrue la visibilité pour un grand nombre de spectateurs. Alors que le public installé dans le chœur doit lever la tête, celui installé vers l’orgue n’a plus qu’à se concentrer sur la musique. Pour pallier cet inconvénient, même si les nombreux atouts du lieu font vite oublier ce désagrément, les artistes auraient pu descendre pour le salut final afin de se rendre réellement visibles.

Sur le plan musical, nous constatons une très belle homogénéité et une bonne diction de cet ensemble vocal. L’interprétation à trois puis quatre voix des chants grégoriens et cisterciens en début de soirée a également permis au chef de pousser la voix. Les interventions des quatre solistes, de qualité assez égale, ont donné l’occasion d’entendre des interprétations diversifiées. On a pu ainsi apprécier une belle intensité de la soprano dans les aigus, même si on a au contraire regretté de cette artiste une trop faible projection des médiums, et une agréable musicalité ainsi qu’une belle dynamique de la basse. La faiblesse de ces quatre jeunes artistes reste leur capacité à vocaliser, la grande majorité des mélismes manquant de naturel et souffrant souvent d’une trop forte marque de la mesure. Malgré cela, ce pèlerinage musical d’Antiphona reste un moment agréable et une façon inédite de raconter l’histoire des Chemins de Compostelle.

Ensemble OrganumMusique et poésie du XIe et XIIe siècles avec l’ensemble Organum

La transmission des musiques médiévales est l’un des principaux objectifs de , directeur de l’ensemble Organum, mais également du Centre itinérant de Recherche sur les Musiques Anciennes (CIRMA). C’est donc en toute logique que nous retrouvons en début de concert les stagiaires de la session organisée par le CIRMA et l’Académie d’Été de Saint-Bertrand de Comminges autour de thématiques touchant aux chemins de Saint-Jacques, au patrimoine régional d’Occitanie ainsi qu’aux nouvelles approches du rituel du concert.

Les chants du Codex Calixtinus, livre officiel de Saint-Jacques de Compostelle, ouvrent naturellement le programme de la soirée. Les chanteurs professionnels et les élèves partent en procession tout autour de la cathédrale tels les pèlerins traversant l’Europe jusqu’au tombeau de l’apôtre Jacques. Quelle merveilleuse idée que celle-ci permettant ainsi à chacun de voir passer les artistes et d’apprécier la résonance des voix de près comme de loin dans ce lieu extraordinaire qu’est la cathédrale de Saint-Bertrand ! La mise en scène et les quatre formidables enfants qui composent le groupe font oublier les faiblesses du pupitre des femmes et leurs hésitations pour se placer en fin de parcours dans le chœur. La disposition du groupe, deux lignes de chanteurs se faisant face, est également ingénieuse pour que chaque interprète puisse voir mener le chant.

C’est par la suite un programme riche de différents styles musicaux que l’on pouvait entendre sur le chemin de Saint-Jacques, qui nous est proposé par les cinq chanteurs professionnels. Là encore, la position des interprètes pour chaque pièce est amplement réfléchie et intelligente. La voix d’alto Mathilde Daudy se retrouve seule sur la tribune du jubé pour chanter le Sanctus de Moissac, surprenante pièce en grec attestant de l’existence d’une attache persistante aux XIe et XIIe siècles avec l’antiquité tardive, alors que les trois hommes interprètent le Laude iocunda melos extrait des Manuscrits de Saint-Martial de Limoges au niveau du portail de « l’église en bois », puis le Dum esset salavator in monte du Codex Calixtinus face au chœur, pour arriver à côté de l’autel afin d’exécuter le Venite populi de Moissac. Le chant mozarabe, chant liturgique des chrétiens d’Espagne sous la domination arabe, compose aussi cette programmation tout comme le Graduel d’Aliénor de Bretagne. Même si la voix de basse est un peu métallique dans les notes tenues les plus graves, les mélismes du groupe sont nets, toujours au service du texte, et l’accentuation musicale constamment respectueuse de celle des mots. L’interprétation de grande qualité de l’ensemble Organum mérite amplement l’ovation d’un public debout en fin de soirée, permettant de faire revenir les stagiaires pour un dernier hymne à Saint Jacques. Quelques heures après le concert, les chants de ces artistes passionnés résonnaient encore dans les rues de Saint-Bertrand pour une véritable ambiance de festival.

Crédits photographiques : © Ensemble Antiphona ; M. Moulin

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