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Hommage à Jerome Robbins à l’Opéra de Paris

Une soirée de ballets comme on les aime à l’Opéra de Paris, avec cet Hommage à qui permet l’entrée au répertoire longtemps attendue de Fancy Free, son premier ballet, sur la musique de .

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Fancy Free, le premier ballet de , ne figurait pas encore au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Et pour cause, il fallait pour cela réunir un casting atypique, correspondant en tous points aux archétypes définis par le chorégraphe.

Dans le trio de marins en goguette découvrant New-York, est absolument parfait en matelot hâbleur et acrobate : il a l’énergie et l’abattage nécessaires pour cette partition presque sur mesure. est plus fragile dans la partie centrale du trio et retrouve les accents mélancoliques du rôle de Baptiste dans Les enfants du Paradis. Quant à , il joue à merveille le latin lover, séducteur et charmant.

, et Aurélia Bellet sont épatantes en pin-up des années 40. Les coiffures et les maquillages sont très réussis pour ce ballet créé en 1944, en pleine Seconde Guerre Mondiale. On retrouve dans cette mini comédie musicale, première collaboration entre Jerome Robbins et , les accents du futur West Side Story, notamment dans les bagarres entre les trois marins ou quand les filles entrent en scène. Brillant !

Après un précipité, se révèle en magnifique artiste dans A suite of dances, qui demande une exceptionnelle musicalité. Léger et lumineux, il dialogue harmonieusement avec Sonia Wieder-Atherthon au violoncelle solo sur des extraits de trois suites de Bach. La dernière fois que l’on avait vu danser cette pièce, c’était sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées par Nicolas Le Riche. Rappelons que ce ballet, qui appelle un interprète hors norme, a été créé par Michael Barishnikov dans le cadre du White Oak Dance Project en 1994.

Dans Afternoon of a faun, qui suit l’entracte, n’a pas encore le métier, ni le magnétisme de ses aînées qui l’ont interprété sur cette même scène, mais elle apporte de la fraîcheur dans ce pas de deux éthéré. , en revanche, est sublimement animal et félin et rappelle par sa présence un certain… . Il tient en tout cas avec ce duo un grand rôle. Une très belle surprise…

La soirée s’achève avec Glass Pieces, qui fait la part belle au corps de ballet. Découpé en trois parties, ce ballet faussement minimaliste demande une écoute attentive pour en saisir toutes les nuances. Dans la première partie, trois couples s’élancent au milieu d’une foule affairée. La partition est millimétrée et le corps de ballet forme un bel écrin aux duos formés par , Axel Ibot, , , et . Dans la deuxième partie, hypnotique, les filles forment une frise en fond de scène, suivant la ligne de basse, tandis que le couple formé par et dansent sur la mélodie. Ils sont merveilleusement bien assortis et d’une pureté sans pareille. Enfin, la troisième et dernière partie, sur la Marche funèbre de l’opéra Akhnaten, est un feu d’artifice. C’est un équilibre parfait entre technique académique et construction contemporaine. Garçons et filles sont au cordeau dans cette chorégraphie dynamique, rythmée et athlétique, tout en laissant apparaître une joie visible de danser. C’est aussi pour interpréter Jerome Robbins que de jeunes artistes choisissent aujourd’hui encore de rejoindre le Ballet de l’Opéra de Paris…

Crédits photographiques : © Sébastien Mathé, OnP