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Un Saül enivrant par Leonardo García Alarcón à Beaune 

L’immense Saül de Haendel est encore une révélation pour beaucoup. L’interprétation généreuse et ébouriffante de arrive au Festival de Beaune après celui de Namur.

Considéré comme le premier oratorio d’un compositeur qui n’écrira presque plus d’opéras, Saül a été créé en 1739 par un Haendel dépité de la tiédeur de l’accueil d’Ariodante et Alcina (deux de ses opéras les plus aimés aujourd’hui). Mais Saül, partition de la plus haute inspiration, parée d’un luxe inaccoutumé (sa structure musicale comprend deux anthems alla Purcell, six sinfonies, son instrumentarium invite orgue, théorbe, harpe et tubalcaïn) même libérée de la tyrannie du capo, porte encore tous les atours du drame lyrique. Pour se rendre compte de sa puissance dramatique, on ne saurait mieux faire que d’enjoindre le mélomane à se précipiter séance tenante sur l’extraordinaire mise en scène que réalisa en 2015 pour Glyndebourne (DVD Opus Arte).

Beaune ne peut révéler Saül qu’avec la seule version de concert. Et pourtant, avec des surtitres (la nouveauté 2019), avec des chanteurs se contentant de jouer de façon extrêmement concernée les affects de leur personnage au moyen de regards, de démarches, variant entrées et sorties, la force de Saül éblouit.

est Saül, le monarque rongé jusqu’à la folie meurtrière par la jalousie, face à l’ascension de David dans le cœur de son peuple et dans celui de son fils Jonathan. Le public de Beaune connaît bien le baryton mais lui découvre ce soir une assise grave inaccoutumée, que vient rehausser une prestance scénique de belle classe. A l’opposé du spectre, on est saisi d’un enthousiasme équivalent à l’audition du David envoûtant de  : le contre-ténor, voix ductile et incarnée, capable d’une infinie variété d’intentions, délivre, à l’Acte I, une prière bouleversante, approuvée par un solo de harpe qu’on souhaiterait ne jamais voir s’éteindre. Ces deux magnifiques artistes ne seraient rien sans l’environnement d’une équipe finement élue (la Merab enflammée de , la Michal fruitée de , l’élégant Jonathan de ) mais aussi une foultitude de « petits » rôles incarnés par des membres du Chœur (mention à la sorcière d’Endor de ). Le formidable Chœur de chambre de Namur affronte timbales, trombones et trompettes avec une énergie jubilatoire et des sopranes rayonnantes. Saül est gorgé d’interventions chorales. L’Alleluia qui se fait entendre au bout de vingt minutes sonne comme un finale et dit combien Haendel était sûr de ses effets.

Des effets parfaitement rendus par le qu’Alarcón fonda en 2014. Une formation dont les cordes aiguës jouent debout et sans fatigue apparente pendant presque 3 heures ! Le chef qui révéla les oratorios sublimes de Falvetti s’emploie à révéler avec un souffle impressionnant les mille beautés de Saül. On note son investissement pédagogique (apprenant au public que la Symphony d’ouverture, en fait un concerto pour orgue, était joué par Haendel soi-même durant l’entrée du public) et empathique (n’hésitant pas à briser le cours musical pour faire applaudir son organiste), bref humain. On goûte une gestuelle très physique, une façon très convaincante et assez communicative d’aller en arrière pour lancer ensuite la musique vers la Rolls chorale qu’il a en face de lui, ce Chœur de chambre de Namur à qui il tient à offrir (comprimarii en bord de scène, reste du chœur à l’arrière) l’Alleluia d’un bis inattendu.

Crédits photographiques : © Jean-Claude Cottier