Nabucco: la sublime world-baroque-music de Leonardo García Alarcón

À emporter, CD, Opéra

Michelangelo Falvetti (1642-1692) : Nabucco, oratorio sur un livret de Vicenze Gattini. Avec : Fernando GuimarãesFernando Guimarães, Nabucco ; Alejandro Meerapfel, Daniele ; Fabian Schofrin, Arioco ; Caroline Weynants, Anania ; Mariana Flores, Alzaria/Idolatria ; Magdalena Padilla Olivares, Misaele ; Matteo Bellotto, Euphrate ; Capucine Keller, Superbia. Chœur de Chambre de Namur. Cappella Mediterranea, direction : Leonardo Garcia Alarcon. 1 CD Ambronay AMY036 ; Code-barre :3760135100361. Enregistré à l’Abbatiale d’Ambronay du 10 au 13 septembre 2012. Elégant digipack en 3 volets avec livret trilingue (italien, anglais, français) et textes de présentation très documentés quadrilingues (+ allemand). Durée : 78’18.

 

Les Clefs d'or

nabucco ambronayA l’automne 2011, Il diluvio universale de , compositeur italien né en 1642 à Melliculla et mort à Messine en 1692, paraissait en CD et sidérait les mélomanes les plus blasés. Parution majeure, cet oratorio, génial de bout en bout, devait sa résurrection à la passion et au raffinement d’un certain Leonardo Garcia Alarcon, fils stylistique d’un et d’une .

Au cours d’une escale de la logique et triomphale tournée qui s’ensuivit, , à qui nous avions tenu à confier notre enthousiasme, enchaîna avec ravissement et passion: « Génial ce Diluvio, oui, mais nous avons découvert de Falvetti un Nabucco qui l’est tout autant, peut-être plus encore !»

Automne 2013…Nabucco (plus exactement Il dialogo del Nabucco) est là, dans les bacs. Et c’est le même emballement qui nous saisit pour cet enregistrement dont le statut instantané de classique absolu, à l’instar de son aîné, s’impose dès la première audition. Pourquoi Monteverdi est-il plus célèbre que Falvetti ? Mystère des destinées humaines…Qu’importe : en deux œuvres, prend sa place, avec plus de trois siècles de retard, au côté des plus grands et ses deux œuvres n’ont à envier ni à Poppée ni à Orfeo.

Il dialogo di Nabucco a été déniché par le musicologue à Naples. Créé à Messine en 1683, ce faux oratorio, qu’on imaginerait bien, comme son prédécesseur, sur une scène d’opéra, s’appuie sur un livret de Vincenzo Gattini, lui-même tiré d’un célèbre passage de la Bible : Le Livre de Daniel met en scène, dans la Babylone antique, l’étonnant supplice de trois jeunes gouverneurs rescapés de la fournaise dans laquelle le roi Nabuchodonosor les avait jetés après qu’ils eussent refusé de se plier à l’adoration d’une idole païenne à l’effigie du souverain. « L’image est d’or, le modèle est de poussière », chantent les trois jeunes gens résolus.

En cette époque souvent frileuse, ce destin nous concerne puissamment tout comme il a dû considérablement impulser la composition d’un Falvetti militant qui voulut s’adresser ainsi aux spectateurs de l’époque dont la ville était contrariée par l’ingérence Espagnole. (Le roi d’Espagne avait fait ériger une statue de bronze à son image en face du Dôme de Messine…). Ce très beau sujet, passé un court prologue très inspiré autour des traditionnelles figures allégoriques (Superbia, Idolatria), est remarquablement conté.

Les deux minutes idéales qui ouvrent Nabucco installent d’emblée une sidération sonore qui invitent l’auditeur à l’apesanteur : un tube d’une beauté à faire s’évanouir de jalousie tous les membres de certain Arpeggiata ! 79 minutes et quelques 30 tubes plus tard, l’auditeur béat retombe sur Terre. Si ce disque est probablement déjà l’un des plus beaux de l’année, il le doit aussi à l’art et à la hauteur de vue de . L’instrumentarium qu’il réunit pour exalter les couleurs de la partition est d’une fascinante variété. Aux habituels cornets, sacqueboutes, harpes et autres lyres et archiluths, il adjoint colascione, chalumeau, galoubet et surtout des instruments orientaux : duduk, kaval, ney, lesquels assurent un dépaysement en totale adéquation avec le sujet. Ajoutons aussi les percussions de Keyvan Chemirani (zarb, oud, darf) déjà présentes dans Il Diluvio. (La question de savoir alors ce qu’a réellement composé Falvetti est exactement la même qui surgit à chaque version du Couronnement de Poppée.)

L’ensemble fondé par Alarcon porte haut son appellation de  : le voyage sonore qu’il propose est en effet d’une grande sensualité toute méditerranéenne. Les voix, comme ivres d’elles-mêmes, sont d’un raffinement insensé. L’on retrouve avec plaisir la famille Alarcon : le ténor très nuancé dans son interprétation du méchant de , le contre-ténor de Fabian Schofrin et la mélancolie qu’il parvient à diffuser dans son interprétation du Capitaine partagé entre devoir et empathie, enfin les voix fines et fruitées des merveilleux soprani à qui sont dévolus à la toute  fin de l’oeuvre les airs les plus longs des trois martyres : Caroline Weynants, Mariana Flores, . Le bonheur de chanter irrigue de même le dont les interventions sont envisagées autrement que celles du Diluvio : très peu de chœur seul mais très souvent en amplification des solistes, pour d’émouvants effets.

Proposant de bout en bout une écriture extrêmement variée et aux mélodies fascinantes, même pour une oreille qui, de Claudio Monteverdi  à Philip Glass,  pensait  avoir déjà tout entendu, ce Nabucco est, on l’aura compris une révélation. Parions que, dorénavant, lorsqu’on parlera de Nabucco, il faudra préciser lequel…

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