Excellence interprétative à Beaune pour un prenant Jephtha

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Beaune. Basilique Notre-Dame. 17-VII-2015. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) Jephtha, oratorio en trois parties sur un livret de Thomas Morell. Avec : Martin Vanberg, Jephtha ; Gaëlle Arquez, Storgè ; Katherine Watson, Iphis ; Delphine Galou, Hamor ; Christian Immler, Zebul ; Caroline Weynants, l’Ange. Chœur de chambre de Namur (chef de chœur : Thibaut Lenaerts), Accademia Bizantina, direction : Ottavio Dantone.

JEPHTHA (c) Philippe L'Eglise_lightAvec le Jephtha de Haendel donné par l’, sous la direction d’, le festival de Beaune est une fois de plus à marquer d’une pierre blanche.

Ultime oratorio de Haendel, Jephtha reste assez méconnu. Il n’offre pas la suite de tubes du célèbre Messie, ni même le hit « Ye happy nations » de l’inconnu Alexandre Balus. Le prolifique Haendel, 66 ans en 1751, est atteint d’une cécité qui le contraint à étaler la composition sur près d’un an. Oratorio sur les voies dites impénétrables d’un dieu que l’on pourrait croire parfois totalement aveugle, Jephtha commence par ces mots : « It must be so. »

D’une hauteur d’inspiration constante, Jephtha nous fait partager les affres de ce chef de guerre biblique qui avait promis à Dieu, en cas de victoire, le sacrifice de la première personne rencontrée sur son chemin. Ce sera sa propre fille Iphis (comment ne pas penser à Iphigénie, autre sacrifiée ?) Au terme de 2 h 40 d’affects tant choraux que solistiques, un « Angel ex machina » viendra délivrer une fin heureuse (si l’on accepte sans broncher que tous, le père aimant mais aussi bien sûr le prêtre Zebul, se réjouissent de voir Iphis sacrifier son amour pour se consacrer à un dieu qui aura tout de même bien malmené ses créatures !)

Le testament haendélien bénéficie de l’interprétation hors pair d’un au cœur du style du compositeur : plénitude du son, pupitres graves imposants, autorité d’une direction puissante, jusque dans sa façon d’imposer le silence à la fin des chœurs les plus sonores. Si nous apparaît moins convaincante dans l’application de son anglais que dans l’italien de naguère en ces mêmes lieux (mais quel engagement, quel velouté dans l’aigu d’une voix magnifique), les solistes sont pour partie de la belle famille de chanteurs que Beaune nous permet de voir grandir à longueur d’années. Ainsi , dotée de graves d’un prenant naturel, tout juste échappée de la Belle Hélène et des deux Castor et Pollux les plus passionnants de l’année : elle fait de ses interventions de véritables apparitions. En Iphis, , voix paisible et touchante, aigus confondants de douceur, est la grâce même. L’Ange de , toute de force tranquille, darde sans ciller les aigus de la fin de son unique air. Du côté masculin, confère timbre et autorité à un Zebul sonore. Le rôle-titre est confié à la ligne claire et racée, paisiblement vocalisante, passant avec aplomb de la fougue testostéronée à l’affliction, du solaire .

Quant à l’enthousiasmant , aussi spectaculaire ici que dans les révélations de Falvetti par Alarcon, reprenons le dernier mot de Haendel : « Hallelujah ! »

Crédit photographique : © Philippe L’Eglise

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