En lien avec la résidence de George Benjamin au Festival Messiaen 2026, Gaëtan Puaud, le fondateur de la manifestation, est en dialogue avec le compositeur, pianiste, pédagogue et chef d’orchestre britannique, aujourd’hui membre de l’Académie des Beaux-Arts à Paris.
Des Beatles à Beethoven
Le cheminement des soixante premières pages est quasi chronologique, où l’on apprend que l’enfant prodige, biberonné, via sa sœur ainée, aux disques des Beatles, a souffert « d’une intolérance à la musique classique » avant le choc révélateur que fut pour lui Fantasia de Walt Disney. Dès lors – il n’a pas 10 ans – débute un temps de découverte des chefs-d’œuvre du répertoire, notamment les symphonies de Beethoven qu’il considère aujourd’hui comme « la racine de son être ».
Des rencontres déterminantes
Il a à peine 16 ans lorsque, sur les conseils de son premier maître Peter Gellhorn, George Benjamin intègre la classe de composition d’Olivier Messiaen (1976-78) dont il est le plus jeune élève et… le préféré, bénéficiant également des cours de piano d’Yvonne Loriod. Messiaen lui fait découvrir et aimer Pelléas et Mélisande de Debussy. Nait alors son opus 1 (sa première œuvre éditée), une Sonate pour piano. C’est au contact de Messiaen toujours qu’il prend connaissance du mouvement spectral – il devient l’ami de Tristan Murail – dont on ressent l’influence dans At first light, œuvre d’orchestre phare dans le catalogue du jeune Benjamin qui lui vaut, à 22 ans, une renommée internationale. De la magie sonore des premières pièces d’orchestre aux œuvres de maturité (Sudden Time et Three Inventions), une évolution s’opère dans la manière du compositeur qui vise à la fois une écriture plus polyphonique et une forme plus complexe et organique, s’éloignant définitivement « d’un univers engoncé dans la verticalité ». Ainsi exprime-t-il sa divergence avec l’univers spectral.
La rencontre avec Pierre Boulez n’est pas moins décisive, qui l’invite à l’Ircam où Benjamin fait sa première – et unique – expérience avec les logiciels de l’Institut : nait alors Antara (1985-87) pour 16 instruments et électronique où le compositeur soumet aux logiciels de transformation la sonorité des flûtes de pan. « Je n’aime pas la pensée déterministe, avoue-t-il à Gaëtan Puaud […] Je préfère écrire mes partitions à la main ».
C’est dans la classe d’Yvonne Loriod, en septembre 1976, que George Benjamin a fait la connaissance de Pierre-Laurent Aimard, le pianiste et l’ami qui devient l’interprète quasi exclusif de tout ce qu’il écrit pour le piano : Antara, où il tient la partie de piano, Shadowlines, qui lui est en partie dédié, Duet pour piano et orchestre, la seule œuvre concertante de Benjamin qu’il lui dédicace. Lorsqu’en 2023 il évoque l’idée d’écrire pour quatre mains, c’est Pierre-Laurent Aimard qui l’invite à ses côtés : créé à Berlin, à la Boulez Saal en juin 2025, Divisions, qu’il décrit à grands traits, sera donnée en création française dans l’église de La Grave en juillet prochain, lors du Festival Messiaen 2026.
Capitale, la quatrième rencontre est celle de Martin Crimp, l’écrivain et le librettiste tant espéré qui scelle une collaboration durable autant que fructueuse avec le compositeur puisque quatre opéras s’inscrivent aujourd’hui au catalogue de Benjamin, conçus avec une fulgurance que le compositeur n’avait encore jamais vécue à travers l’écriture de ses pièces instrumentales. Se succèdent, à un intervalle régulier de six années, Into the little Hill (2006), Written on skin (2012), Lessons in Love and Violence (2018) et Picture a day like this (2024), quatre œuvres scellant la collaboration des deux artistes auxquels il faut associer les noms d’un metteur en scène et d’une metteuse en scène d’élection, Daniel Jeanneteau (1 et 4) et Katie Mitchell (2 et 3). Sont retracés en détails la genèse et le cheminement compositionnel des quatre opéras.
Les questions fusent et les révélations abondent dans ce livre d’entretiens très attachant où George Benjamin s’exprime à cœur ouvert, avec la générosité et la sensibilité qui l’habitent. On déplore cependant le manque de relecture d’un texte laissant nombre d’imperfections typographiques et autres coquilles qui finissent par agacer.
Lire notre entretien avec le compositeur à l’occasion du festival Messiaen 2026 :
George Benjamin : “mes parents avaient cette exigence de l’objet ciselé”