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Des Stigmatisés passionnants par James Conlon

Ces Stigmatisés (Die Gezeichneten) de , philosémites et dégénérés, Entartete Musik selon le Reich hitlérien, disparaissent rapidement du répertoire, dès 1930.

Créés à Francfort le 25 avril 1918 (triomphe avec Else Gentner-Fischer, Karl Ziegler, Robert vom Scheidt, Walter Schneider et Ludwig Rottenberg à la direction) six ans après l’énorme succès de son Ferne Klang, sur un livret du compositeur – Zemlinsky, pressenti, avait finalement préféré s’éloigner et, sur ce même thème du laid et du grotesque, enfanter son propre Zwerg.

Il y a eu quelques efforts pour les ressusciter …. Francfort (1979), Venise (1984), Bruxelles (1988), Vienne (1991), Leeds (1992), puis Salzbourg (2006), Palerme (2010), Cologne (2013). Mais c’est bien peu. La première américaine aura lieu en avril 2010 à Los Angeles. S’ensuit aujourd’hui un superbe enregistrement de ce spectacle pris sur le vif au Dorothy Chandler Pavilion.

La musique, souvent fastueuse, luxueuse, superbement touffue, feuillue, mâtinée de relents wagnériens, straussiens, debussystes, l’orchestre, flamboyant, chauffé à blanc, expressionniste et sensuel, dirigé par un rigoureux et pudique, puis opulent, ardent défenseur depuis toujours de ce répertoire post-romantique, vont droit au coeur, créent l’émotion, l’émoi, l’émerveillement.

L’ouverture, féroce ou recueillie, méditative ou d’acier, nous replonge d’emblée dans cette Vienne fin-de-siècle où sauront dominer Freud, Klimt et Berg, dans cette Italie du XVIème siècle où le grotesque et le grimaçant du rêve l’emporteront toujours sur la réalité. La Carlotta d’ (voix chaude et sensuelle, exaltée) dont l’unique ambition n’est autre que de reproduire sur la toile l’âme enlaidie, monstrueuse d’Alviano, et pour qui l’Art demeure in fine la seule solution, convainc dès les premiers instants, impose avec fracas l’expressionnisme, le Jugendstil et le lyrisme exacerbé de l’oeuvre (Dort, wo die Stadt weit wird). Brossé à traits plus que vifs, l’Alviano pervers, hideux… et cependant si humain ! (son Ich will, ich will final) de , au ténor dominateur et mordant , et qui fréquente le rôle depuis Salzbourg 2005, fait mouche….. tout comme le Comte Tamare, noble, veule et corrompu, de , tout comme l’Adorno de , au baryton engagé, d’une virilité bien affirmée, tout comme le Podestà de .

Les 24 autres rôles sont tous superbement tenus. Les voix de tous ces solistes passent admirablement l’épreuve du CD, pour nous remémorer ces nostalgies et ces frayeurs, délétères et déraisonnables, illogiques, insensées, ressenties et appréciées lors de cette inoubliable soirée d’avril 2010 que ne renieraient ni Norman Douglas ni von Gloeden ! En conclusion, l’un des CD les plus passionnants, les plus attachants de cette nouvelle année.

Vous pouvez aussi dénicher le très bon enregistrement dirigé par Lothar Zagrosek (Heinz Kruse, Elizabeth Connell, Monte Pederson), l’excellent DVD de Salzbourg, dirigé par Kent Nagano (Anne Schwanewilms, , Michael Volle) et l’audio-CD intégral de Hambourg 1960 (Evelyn Lear, Helmut Krebs, Thomas Stewart, Franz Krass, direction Winfired Zillig…. tout un programme !).

 

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