Les Stigmatisés de Franz Schreker, l’événement de Salzbourg

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Franz Schreker (1878-1934) : Die Gezeichneten. Mise en scène : Nikolaus Lehnoff. Décors : Raimund Bauer. Costumes : Andrea Schmidt-Futterer. Lumières : Alexander Koppelmann. Avec : Anne Schwanewilms, Carlotta Nardi ; Robert Brubaker, Alvanio Salvago ; Robert Hale, Antoniotto Adorno ; Michael Volle, Andrea Vitelozzo Tamare ; Wolfgang Schöne, Lodovico Nardi ; Bernard Richter, Guidobaldo Usodimare ; Markus Petsch, Menaldo Negroni ; Mel Ulrich, Michelotto Cibo ; Thomas Oliemans, Gonsalvo Fieschi ; Guillaume Antoine, Julian Pinelli ; Stephen Gadd, Paolo Calvi ; Verena Schwendinger, Ginevra Calvi ; Robert Wörle, Peter Lœhle, Markus Eiche, trois sénateurs ; Klemend Sander, un bourgeois géant ; Walter Zeh, un domestique ; Gabriella Bessenyei, une domestique. Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor (chef de chœur : Rupert Hubert) Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, direction : Kent Nagano. Réalisation : Andreas Morell. 1 DVD Euroarts 2055298. Enregistré le 26 juillet 2006 à la Felsenreitschule de Salzbourg. Sous-titres en anglais, allemand, français et espagnol. Format : NTSC 16/9. Toutes zones. Durée : 145′

 

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Le label Euroarts propose en DVD l’édition d’un des plus grands spectacles produits ces dernières années, et l’un des sommets du règne de Peter Ruzicka au poste d’intendant du Festival de Salzbourg. Ces Stigmatisés renouent avec la légende d’une manifestation qui se doit de proposer les plus grandes œuvres par les plus grands musiciens de leur époque.

Cet opéra aux effectifs choraux et orchestraux gigantesques fut créé en avril 1918 à Francfort. L’œuvre rencontra un large succès et la partition fut reprise sur toutes les scènes capables de la produire. Acclamé par la presse, le compositeur était même alors qualifié de « seul digne successeur de Richard Wagner ». Nommé, en 1920, directeur de l’Ecole Normale de Musique de Berlin, l’artiste vit de sombre nuages s’amonceler sur sa carrière avec l’arrivée des nazis au pouvoir. Démis de ses fonctions et mis à la retraite d’office, il en eut une crise cardiaque. Sa musique tomba dans l’oubli et il fallut attendre 1979 pour revoir ces Gezeichneten sur la scène de l’Opéra de Francfort. Différentes productions s’en suivirent à Düsseldorf, Stuttgart et Zurich. Le festival de Salzbourg avait déjà produit l’œuvre en concert en 1984 sous la direction de Gerd Albrecht (CD édité chez Orfeo). Ce présent et luxueux spectacle est considéré par les commentateurs comme la consécration et l’aboutissement de la redécouverte de la partition.

Les Stigmatisés narrent l’histoire d’Alviano Salvago, un noble génois du XVIème siècle, riche mais atrocement laid. Conséquence de sa frustration amoureuse, il entreprend la construction d’un Elysée insulaire, paradis de beauté humaine et artistique. Mais l’élite génoise masculine détourne le projet et s’y adonne à des orgies sexuelles en séquestrant les jeunes femmes de la ville à l’insu du maître des lieux. Vitelozzo Tamare, l’opposé bellâtre et arriviste de Salvago, est tombé fou amoureux d’une jeune femme, Carlotta Nardi, mais elle résiste à ses pressantes avances. Séquestrée sur l’île, elle tombe amoureuse du laideron avant de tomber, hésitante, sous le charme de Tamare. Salvago, alors qu’il est injustement accusé des enlèvements, tue son rival avant que Carlotta ne meure.

Programmé dans l’imposant mais rigide cadre du Manège des Rochers, le metteur en scène Nikolaus Lenhoff éclaire l’action en insistant sur la médiocrité et la veulerie des nobles de Gènes face à l’ambiguïté de Carlotta et l’incompréhension de Salvago. Les imposants et luxueux costumes d’Andrea Schmidt-Futterer font ressembler les personnages à des insectes malsains tandis que les costumes du chœur revisitent avec éclats les tenues de la Renaissance. La distribution vocale atteint des sommets : le ténor est digne d’éloges musicaux et dramatiques. dévoile une palette de sensualité vocale. En dépit du poids des ans, le grand Robert Hale impose un Adorno au timbre cuivré et brutal. Parfait dans son rôle de la brute virile et primaire, ravit par son engagement musical et scénique. Les très nombreux rôles secondaires sont excellemment distribués.

Dans la fosse, , grand connaisseur de cette musique allie la puissante et la légèreté pour rendre les différentes facettes de cette musique onirique et évocatrice. Le Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin, bien que peu habitué à l’exercice opératique, est absolument merveilleux de maîtrise et de richesse des timbres.

La réalisation du film est très soignée et l’image s’avère magnifique. En dépit de l’excellent disque signé par Lothar Zagrosek pour Decca, ce DVD est désormais le moyen rêvé de découvrir cette partition.

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