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Le retour d’Adriana Lecouvreur à Paris avec Angela Gheorghiu

Adriana Lecouvreur, l’œuvre-phare de , assez rare sur les scènes internationales est de retour à Paris avec dans le rôle-titre la soprano .

Paris l’avait découverte en 1994 avec l’interprétation mémorable de Mirella Freni. Il aura fallu la reprise d’une production créée à Londres en 2010 pour que le public succombe à nouveau au parfum délétère de ce fatal bouquet de violettes. On peine à imaginer cependant que le destin fatal d’une des plus célèbres actrices de la Comédie Française au XVIIIe puisse servir de base à un opéra italien à forte charge glycémique… Scribe est passé par là, amalgamant le romanesque à la biographie pour ce portrait sentimental de la muse de Voltaire.

Difficile d’affirmer que Cilea renouvelle en profondeur l’écriture lyrique. Assez conventionnel dans sa structure, Adriana Lecouvreur répond à la tradition des mélodrames grand public, antichambre musicale d’une attente bientôt comblée par les premiers films muets. L’intrigue assez mince mêle amourettes contrariées, jalousie et mensonges, le tout en trois actes affichant une durée longuette de près de trois heures. C’est peut-être un peu long pour raconter l’histoire de l’actrice Adrienne Lecouvreur, morte en respirant les effluves empoisonnés du bouquet de violette offert en gage d’amour à son ingrat de Maurice de Saxe et qui, passant entre les mains de sa rivale la Princesse de Bouillon, finira imbibé de poison – ultime prétexte pour offrir une conclusion sur le fil du rasoir entre sourires et tragédie. Cilea n’a besoin que de quelques thèmes et de deux airs célébrissimes pour faire pénétrer dans les mémoires cet étendard lyrique. Souvent entendues comme de luxueuses pièces détachées, « Io son l’umile ancella » et « Poveri fiori » complètent des programmes ou servent de bis.

Le soin accordé aux décors et aux costumes suscitera un enthousiasme sans réserve parmi les spectateurs amateurs d’une certaine imagerie aux contours vaguement « viscontiens ». sait toucher et émouvoir sans donner à penser au delà du fallacieux prétexte qui consiste à faire croire au sacro-saint respect du livret. Les décors de Charles Edwards soulignent un principe de scénographie construit autour de la mise en abîme : le théâtre dans le théâtre en quelque sorte, même si le livret ne permet pas d’élever certaines scènes relativement figées au-delà d’un vérisme bon ton. Paradoxalement, on ne saisit pas tout de suite qu’il s’agit d’un décor unique qui pivote sur lui-même. Le I est vu depuis les coulisses avec en fond, le déplacement muet du jeu des acteurs sur scène. Une ambiance attendrie à la Watteau. La robe rose d’Adriana qui jure sur la violence de la tirade de Phèdre (en italien dans le texte !) adressée à sa rivale dans la salle. La beauté des costumes de Brigitte Reiffenstuel ne fait guère oublier une direction d’acteurs assez statique dans l’ensemble.

Le chant se porte plutôt bien, à commencer par un rôle-titre qu’ s’approprie avec élégance et distinction, malgré une surface vocale relativement limitée. L’incarnation gagne en contraste au dernier acte, avec des changements de registres alternant pleins et déliés dans « Poveri fiori ».  ne fait pas oublier la prestation londonienne de Jonas Kaufmann en 2010. Ce Maurice de Saxe est vibrant et sonore – excessivement, il est vrai, dans les plaintes éplorées du IV ou le marivaudage un peu lourd du III. Belle prestation également pour la perfide Bouillon incarnée par la voix sombre de la mezzo italienne . Les seconds rôles vont de l’excellent ( en Michonnet) au très honnête ( en Prince de Bouillon et en Quinault).

tire de l’orchestre des sonorités émollientes dont la banalité contraste avec l’amplitude de la battue. Les nuances sont là, l’impeccable combinaison de la petite harmonie ne couvrant jamais les cordes, des cuivres volontiers tonitruants quand la température des sentiments l’exige. La musique de Cilea peut exiger (et obtenir) davantage.

Crédits photographiques : © Vincent Pontet /Opéra National de Paris