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Réouverture de l’Opéra-Comique, une étoile a brillé

Qu’arrive-t-il donc au spectateur parisien lambda amateur d’art lyrique ? A force de huer Iphigénie en Tauride dans un centre de gériatrie, Le Nozze di Figaro dans une tour de la Défense ou bien La Traviata dans une salle des fêtes, le voilà en train de huer une mise en scène sage et burlesque à la fois, dans de traditionnels décors faits de tentures, panneaux mobiles et toiles peintes. Les huées en question n’ont pas été très importantes, couvertes par l’enthousiasme général d’un spectacle qui augure bien de l’avenir du nouvel Opéra-Comique. A moins que ces pisse-vinaigres ne sont que d’anciens supporters de Savary qui n’ont pu supporter que la partition ne soit pas « réactualisée » avec une mise en scène digne d’une revue du Lido ?

Car c’est un véritable travail de troupe auquel nous avons assisté, cohérent, homogène, pensé et construit. Certes, a depuis longtemps perdu l’insolence de ses aigus qui ont fait son triomphe dans les années 80, certes l’émission de est de plus en plus engorgée, certes Stéphanie d’Oustrac n’a pas tous les moyens du rôle – mais Lazuli, qui plane dans les aigus à l’acte I avant de n’utiliser que son registre grave dans l’acte II est un rôle très difficile à distribuer. Malgré un travail de prononciation qu’on devine poussé, le ne peut gommer tout accent britannique et l’ montre une fois de plus les limites de l’exécution sur instruments d’époque (cuivres frustres, souci d’intonation dans le suraigu des cordes). Et alors ?

Cette Etoile a été un authentique spectacle. La mise en scène de et évite le ridicule tout en restant drôle. Rien n’est forcé, au contraire. A la rigueur, on se serait presque attendu à plus de pitreries. L’abondance des textes parlés a été réduite en supprimant les répliques des rôles non chantés, tenus par des comédiens qui nous ont fait revivre quelques instants l’humour décalés des Deschiens (avec l’excellent Jean-Marc Le Bihour). Et tant que cela nous évite la prose de Leterrier et Vanloo… L’option de pour les décors et costumes reste dans la simplicité, avec des couleurs vives et criardes. L’Opéra-Comique n’a pas les moyens scéniques des autres scènes lyriques parisiennes, et le spectacle doit partir en tournée (pour l’instant à Nîmes en janvier, espérons plusieurs autres dates pour les saisons à venir).

Malgré les quelques réserves citées plus haut, la distribution est éclatante, à commencer par la prestation d’ en Princesse Laoula, jeune aristocrate écervelée aux aigus faciles et brillants. Stéphanie d’Oustrac campe un Lazuli très gavroche parisien, mettant à profit son timbre caractéristique, malgré quelques soucis à son entrée dans la redoutable Romance de l’Etoile. complète le trio féminin par une voix plus charnue et sensuelle. Chabrier a hélas moins pourvu les rôles masculins en airs et ensembles, mais aucun des quatre protagonistes ne démérite, avec une mention spéciale pour (Hérisson de Porc-Epic).

Mais l’enchantement est tout de même venu de la fosse d’’orchestre. Avec , la musique de Chabrier brille et livre ses plus intimes subtilités qui avaient values à cette Etoile tout juste un succès d’estime à sa création. L’, à défaut d’une justesse exemplaire, rehausse les couleurs d’une orchestration à la base déjà fine et ciselée. En ajoutant comme prélude à l’acte III une Joyeuse Marche énergique et pétillante, Gardiner nous prouve, après un album consacré au compositeur auvergnat (Deutsch Grammophon, Orchestre Philharmonique de Vienne) et une intégrale de l’Etoile faite en 1984 à l’Opéra de Lyon, qu’il aime . Pour notre plus grand plaisir.

Crédit photographique : Stéphanie d’Oustrac (Lazuli) © Eric Mahoudeau