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Véronique de Messager au Châtelet : Poussez, poussez l’escarpolette

Poussez, poussez l’escarpolette… oui mais pas dans l’orchestre ! Presque tout était réuni pour que cette production de Véronique d’, qu’enfin une grande scène parisienne ose monter, puisse être d’anthologie. Sauf l’orchestre. Avec , chaque roulement de caisse claire est une rafale de mitraillette, chaque coup de timbale un coup de canon. Nous sommes loin de la musique « distinguée », « sans banalités » et « riche d’inventions heureuses » louée par Fauré.

Dommage, car le reste soulevait l’enthousiasme. domine la distribution en étant une Véronique/ piquante et enlevée. Le style est sur, la voix claire, les aigus insolents. Et un abattage scénique indubitable. A ses côtés, est une impayable aristocrate parvenue, méritant aussi sa part de succès dans son émouvant air du IIIe acte. , inattendu dans ce répertoire, crée la surprise par une relative maîtrise de notre langue. La clarté de son timbre en revanche n’étonne plus. Le couple Coquenard ne démérite pas, avec truculent à souhait et malgré les quelques hétérogénéités de la voix d’. s’est lui aussi pris sa dose d’applaudissements dans le second rôle de Loustot, interprété avec grâce. L’ensemble des seconds rôles est bien tenu, mention spéciale pour la désopilante Tante Benoît de Catherine Hosmalin.

La mise en scène de , une première pour l’actrice, a eu l’unanimité pour elle. Point de transposition hasardeuse, juste quelques allusions à la « bonne société » des années 50. Et un travail d’acteur exemplaire : aucun geste, aucune attitude, aucune mimique n’est laissée au hasard. Les jeux de foule restent clair, surtout à l’acte II où se succèdent les quiproquos. Elle est aidée en cela des somptueux décors et costumes de et . Nous sommes loin des hideux docks et cartons-pâtes du Chanteur de Mexico de l’an passé. Si la traditionnelle technique de la toile peinte est utilisée, celle-ci est rehaussée d’une pointe de modernité avec la projection en fond de scène d’images filmées, rendant le décor aussi vivant que la scène.

La mariée était trop belle pour être crédible… La musique de Messager n’a pas eu ce traitement de faveur. Malmené par un accompagnement chaotique, il n’était pas possible de comprendre un traître mot du texte chanté. Une reprise s’impose, mais n’oublions pas que l’orchestration de Messager est celle d’un chef d’orchestre. Clinquant n’est pas brillant.

Crédit photographique : (Véronique) et (Florestan) © Marie-Noëlle Robert