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Offenbach porté par l’orchestre

Orphée aux Enfers

sauvé par l’orchestre. Qui l’eut cru ? Le «Mozart des Champs-Elysées» n’a jamais eu de chance sur le Cours Mirabeau : déjà en 1999 la production de La Belle Hélène avait laissé un souvenir mitigé. Dix ans plus tard l’Orphée aux Enfers de ce soir souffrait d’une distribution très inégale et d’une mise en scène terne. Heureusement il reste l’orchestre.

livre une lecture dynamique et presque électrisante de la partition. Le souci du détail est constant, la précision rythmique est redoutable, le sens des couleurs toujours très recherché. Résultat : la Camerata Salzbourg se fait un accompagnateur idéal. Les mille et une subtilités de l’orchestration d’Offenbach ainsi mises à jour nous montrent la partition sous une angle nouveau. Les références parodiques à Gounod, Meyerbeer ou Berlioz n’en sont que plus évidentes. Il est regrettable qu’avec un orchestre autant remarquable et une direction musicale aussi solide, le reste n’ait pas suivi.

Le plateau, formé de jeunes chanteurs français, est très inégal. Le fait d’avoir ajouté à la version originale des emprunts à l’édition de 1874 permettant de donner un peu plus d’importance à divers rôles féminins (Junon, Cupidon, Diane et Vénus) est une bonne idée, d’autant que ces dames dominent la scène rapport à ces messieurs. est un Cupidon désopilant, les qualités vocales de Soula Parassidis (Diane) et (Vénus) sont évidentes. Petite déception pour , au timbre un peu trop dur malgré un engagement scénique évident et pour , à la diction relâchée. L’Eurydice de Pauline Courtin laisse une impression mitigée : excellente actrice, voix puissante et bien timbrée, celle-ci se durcit anormalement dans les notes aigües. Véritable «bête de scène» elle mérite amplement sa volée d’applaudissements à la fin.

Du coté des hommes, Jupiter, Mercure et Orphée déçoivent, ce qui n’est pas rien. Soit la diction est trop relâchée, soit la présence scénique est trop effacée, soit la voix est trop en retrait… soit les trois à la fois ! Jérôme Billy en John Styx se taille une part mérité de succès, mais le plateau est sans conteste dominé par , chanteur-acteur accompli, qui fait d’Aristée / Pluton le premier rôle de cet Orphée aux Enfers aixois.

Mais la principale déception vient de la mise en scène. Offenbach, après avoir été lu et relu par François de Carpentries, , , ou la Compagnie Les Brigands ne peut plus s’accommoder d’une mise en scène vieillotte. nous assène clichés sur clichés, avec un sentiment de déjà-vu. Eurydice est une soubrette sortie d’Hôtel du Nord, avec expression de titi parisienne vulgaire, qui tranche avec le reste des dialogues – et surtout avec les paroles chantées. Tout cela reste désespérément statique, jusqu’au lever de jambe du cancan final, comme un exercice de style obligé. L’astucieux dispositif scénique de Damien Caille-Perret et les somptueux costumes «années 20» de Patrice Cauchetier n’arrivent pas à rehausser le niveau d’une mise en scène vieillotte. De cet Offenbach du Festival d’Aix 2009 ne restera que la performance orchestrale, exceptionnelle.

Crédit photographique : Jérôme Billy (John Styx) & (Pluton) © Elisabeth Carecchio