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Version semi-scénique des Noces de Figaro par Jacobs à Pleyel

Dans le prolongement d’un concert donné avec la même œuvre, la même distribution lors de l’édition 2013 du Festival d’Ambronay (et précédant d’autres dates ailleurs en Europe), c’est à la Salle Pleyel que présentait le premier épisode de la trilogie Mozart/Da Ponte. Le chef gantois n’a pas son pareil pour bousculer les convenances, les certitudes par ses lectures du répertoire baroque et classique, au risque de surprendre voire de déranger le spectateur/auditeur, ce qui fut naturellement le cas lors de cette « folle journée » qu’il dirige régulièrement depuis 2001 (CD Harmonia Mundi , DVD Bel Air Classiques, livre-CD Gallimard Jeunesse).

Contrairement à ce qui était annoncé, mais fidèle en cela à ses habitudes, et pour le plus grand bonheur du public, présentait Le Nozze di Figaro non pas en version de concert mais dans une version mise en espace, agrémentée d’un travail sur l’éclairage (au IV). Avec quelques accessoires (des chaises, un canapé au I et au II…), les chanteurs, légèrement costumés, se produisaient judicieusement autour de l’orchestre (et même dans la salle !) au gré de l’action qui navigue entre badinage et quiproquos. Pour cette production, René Jacobs réunit une distribution globalement sans faille, des voix de plutôt petits calibres mais en phase stylistiquement et théâtralement avec le répertoire. , pantalon noir moulant et chemise blanche à lacets, a un sex-appeal évident en Figaro, mais la voix manque de projection, d’assise dans les graves (plus baryton que basse). Rôle central, le rôle de Susanna était tenu par une habituée du répertoire mozartien, l’épatante , qui une fois de plus frappe par sa présence scénique, la fraîcheur de la voix et sa justesse stylistique. retrouve le rôle du Comte Almaviva qu’il tenait déjà lors de la production scénique de Jean-Louis Martinoty et René Jacobs au Théâtre des Champs-Elysées. Un peu trop statique, le baryton délivre néanmoins une fort belle prestation vocale. Autre retrouvaille avec Jacobs, , non plus dans le rôle de Susanna mais dans celui de la Comtesse. Même si la voix à tendance à bouger, la soprano garde une noblesse de chant qui convient bien au rôle. Le personnage attachant de Cherubino était confié ici à la jeune qui, à défaut d’être pleinement crédible physiquement, séduit par la clarté de son timbre, la beauté du chant et son sens du théâtre. Les rôles secondaires ne sont pas sacrifiés et participent également au succès de cette soirée, en particulier la Marcellina d’ et , impayable en Basilio. Si l’on goûte modérément l’habitude qu’a René Jacobs de laisser une grande liberté à ses chanteurs dans l’ornementation des airs et aux instrumentistes (pianoforte et au violoncelle) dans la réalisation du continuo pour les récitatifs, on admire par contre sa direction, souple, attentive, contrastée, qui avance sans cesse. Le répond bien aux exigences du chef, même si on peut préférer Mozart interprété dans des tempos moins effrénés.

Crédit photographique : René Jacobs © Marco Borggreve