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Les Noces de Figaro par René Jacobs : Engagé

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Wolfgang Amadeus Mozart : Les Noces de Figaro. Le Comte : Simon Keenlyside. La Comtesse : Véronique Gens. Susanne : Patrizia Ciofi. Figaro : Lorenzo Regazzo. Cherubino : Angelika Kirchschlager. Marcellina : Marie McLaughlin. Basilio, Don Curzio : Kobie van Rensburg. Bartolo, Antonio : Antonio Abete. Barbarina : Nura Rial. Collegium Vocale Gent. Concerto Köln. Direction : René Jacobs. Pianoforte : Nicolau de Figueiredo. 3 SACD Harmonia Mundi HMC 901818.20. Durée 2h52’ 2004. Notice en Anglais, allemand et français.

 

Après un Così fan tutte très remarqué, propose son deuxième volet de la trilogie Da Ponte/Mozart. Le Nozze di Figaro qu’édite Harmonia Mundi rassemble quatre des neufs solistes — seulement — qui ont chanté en version concertante le chef d’œuvre lyrique de Mozart à Montreux le 7 septembre 2001. « Je suis d’avis qu’il faut que six à douze mois se passent entre une production telle que celle-ci et sa réalisation au disque », m’avait confié quelques jours avant le concert de la Riviera vaudoise, laissant entendre au passage que le concert à l’affiche du Voice & Music Festival d’alors annonçait un coffret très attendu. L’enregistrement verra finalement le jour en avril 2003. De la distribution montreusienne, il reste au final , , et , qui se sont tous les quatre confrontés à l’exercice de la scène en automne de cette même année 2001.

Le chef belge insuffle une grande nervosité au qui allie occasionnellement quelques rugosités à la vivacité de ses intentions. La théâtralité prime, notamment dans l’Ouverture, ou lors des passages les plus furioso. Cela n’est pas dispensé sans une certaine sécheresse de timbre chez les cordes (peut-être est-ce la prise de son ?) et les attaques, fébriles, fusent sans compromis. Si l’âpreté de l’orchestre peut heurter, parfois, force est de constater que les cordes retrouvent leur moelleux et les vents leur émission mesurée et claire dans les passages plus langoureux. Les instruments d’époque servent une palette inouïe de couleurs qu’une dynamique extraordinaire relaye avantageusement. Les contrastes donnent corps au récit et confèrent un relief enflammé à l’ensemble. Le continuo (magnifique pianoforte de Nicolau Figueiredo) révèle au gré des récitatifs un sens éloquent du discours. Mozart éclate au grand jour et la lecture de René Jacobs est aux antipodes de la récupération bourgeoise qui est parfois faite du petit génie natif de Salzburg. On s’en réjouit !

La distribution, globalement très bonne, n’est cependant pas au diapason exact de ce qui émane de la phalange de Cologne. Elle appelle aussi bien des éloges que quelques menues réserves. Le Figaro de est clair de timbre et se montre volontiers ironique dans le célèbre se vuol ballare. Son chant n’est par contre pas toujours homogène et s’assombrit dans les graves. Patricia Ciofi (Susanna) plait par la légèreté idoine qui lui donne une touche d’innocence séduisante. La céleste Marcellina de Marie Mc Laughlin, à la voix mûre et joliment ronde, se marie idéalement à la voix de l’Italienne. a été retenue pour Cherubino, qui du coup se trouve privé de toute ambiguïté. La mezzo-soprano autrichienne porte en effet son rôle au travers d’un chant très enlevé dont la largeur et la couleur évoquent volontiers un soprano dramatique, bien distinct de l’idée que l’on se fait du jeune page encore adolescent, androgyne. Voilà un choix qui laisse songeur. La Comtesse de , encensée pour ses prestations scéniques, peine pourtant à convaincre. Son chant est parfois comme écorché avant de vitupérer avec artifices dans les forte. Les célèbres airs qui lui échoient déçoivent, manquant de ligne et de corps. Du côté des rôles masculins, le Comte de est porté par un chant solidement ancré et d’une souplesse séduisante qui n’est pas sans rappeler, à ce titre, celui d’un , par exemple.

L’intérêt de cette parution réside pour l’essentiel dans le traitement engagé de l’ouvrage que propose René Jacobs, attaché comme à l’accoutumée à retrouver l’esprit de l’œuvre et de son époque.

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Wolfgang Amadeus Mozart : Les Noces de Figaro. Le Comte : Simon Keenlyside. La Comtesse : Véronique Gens. Susanne : Patrizia Ciofi. Figaro : Lorenzo Regazzo. Cherubino : Angelika Kirchschlager. Marcellina : Marie McLaughlin. Basilio, Don Curzio : Kobie van Rensburg. Bartolo, Antonio : Antonio Abete. Barbarina : Nura Rial. Collegium Vocale Gent. Concerto Köln. Direction : René Jacobs. Pianoforte : Nicolau de Figueiredo. 3 SACD Harmonia Mundi HMC 901818.20. Durée 2h52’ 2004. Notice en Anglais, allemand et français.

 
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