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Noces ensorceleuses

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 17-X-01. Wolfgang Amadeus Mozart Le Nozze di Figaro. Pietro Spagnoli, Véronique Gens, Patrizia Ciofi, Lorenzo Regazzo, Monica Bacelli, Sophie Pondjiclis, Alessandro Svab, Antonio Abete, Peter Hoare, Carla di Censo, Serge Goubioud. Chœurs du Théâtre des Champs-Elysées. Concerto Köln. Direction : René Jacobs. Mise en scène : Jean-Louis Martinoty, Décors : Hans Schavernoch. Costumes : Sylvie de Segonzac. Lumières : Jean Kalman.

Le Nozze di Figaro

Production splendide que ces Noces de Figaro, une production comme on aimerait en voir plus souvent et dont il faut féliciter le Théâtre des Champs-Elysées. Une mise en scène pétillante de charme, de sensualité, de malice, pleine de tact et de goût, une vraie fête pour les sens. On sort de ce spectacle heureux, et l’on a envie de faire la… noce, continuer dans le même élan tant on aimerait que ce bonheur perdure. Ancien directeur de l’Opéra de Paris, ex-critique musical, place l’action des Noces de Figaro à l’époque de l’action, en fait celle des auteurs, ne cherchant pas l’innovation à tout prix, mais se montrant au contraire respectueux de l’esprit du temps, entraînant ses chanteurs à l’ivresse du jeu et de la sensualité, mus par une direction d’acteur exubérante et fine, pétillante de malice, de légèreté, de grâce. Ce qui n’empêche pas la profondeur, la gravité, une certaine nostalgie. Bref, il émane de cette approche une intelligence rare. Irrésistibles, irréprochables de précision, ces Noces de Figaro sont une réussite exceptionnelle. Pétrie de l’art pictural de l’Age des Lumières, la folle journée de Mozart est sertie d’un décor de constitué de tableaux religieux, de natures mortes et de paysages, et de costumes de Sylvie de Segonzac qui semblent nés de l’esprit de Watteau ou de Fragonard, et magnifiés de lumières de Jean Kalman proprement picturales dans la palette chaude et sourde de bruns dorés et d’ocres. Côté fosse, légèrement surélevée pour l’occasion, si bien que les musiciens sont quasi à la hauteur du public du parterre, , en dépit d’une battue semblant émaner d’un métronome, et malgré des tempi particulièrement larges dans les arie, donne une vie incroyable de dynamique à cette partition, dont il gomme les onctuosités que seuls peuvent donner des orchestres modernes, mais les sécheresses et la verdeur caractéristiques des instruments anciens de , dont les cuivres naturels, malgré quelques fautes, donnent un tonus et une chaleur typiques, ont leur charme. Le continuo assuré au pianoforte par Nicolau de Figureido avec une virtuosité qui frise parfois la démonstration lorsqu’il s’oublie au point d’écraser les chanteurs qu’il est censé soutenir, s’avère un musicien exceptionnel. Grâce à , les seconds rôles acquièrent une place que les productions négligent trop systématiquement, coupant sans vergogne dans leurs interventions. Ici, le public a droit à l’intégralité de la musique écrite par Mozart pour Les Noces de Figaro. Ainsi es-il loisible d’apprécier pleinement le beau timbre de dans le rôle de Barberine, gratifiée d’un Il capro e la capretta trop souvent coupé. Mais ce qui frappe avant tout, c’est l’homogénéité de l’équipe réunie autour de Jacobs, qui tient vraiment de l’esprit de troupe. A l’exception de , qui connaît au début des problèmes de projection dans l’aigu et à la voix un rien épaisse, mais qui s’échauffe peu à peu pour camper une Comtesse noble et qui se souvient d’où elle vient, les rôles principaux sont tenus par des chanteurs italiens, ce qui donne à l’opéra un grand naturel. Si l’on regrette la légèreté de la voix, qui tend à ténoriser, est un Comte séduisant et peu sûr de lui, mais il ne parvient pas à émouvoir. En revanche, le Cherubino de est enthousiasmant, et plus encore le couple promis, la Susanna de , que l’orchestre tend à couvrir au début mais qui s’impose à partir de l’aria Deh vieni, non tardar, fine et voluptueuse, et le solide Figaro de , qui endosse la dimension psychologique et vocale du comte… Saluons également la spontanéité de la Bararina de Carla Di Censo, et la belle présence de en Basilio.

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 17-X-01. Wolfgang Amadeus Mozart Le Nozze di Figaro. Pietro Spagnoli, Véronique Gens, Patrizia Ciofi, Lorenzo Regazzo, Monica Bacelli, Sophie Pondjiclis, Alessandro Svab, Antonio Abete, Peter Hoare, Carla di Censo, Serge Goubioud. Chœurs du Théâtre des Champs-Elysées. Concerto Köln. Direction : René Jacobs. Mise en scène : Jean-Louis Martinoty, Décors : Hans Schavernoch. Costumes : Sylvie de Segonzac. Lumières : Jean Kalman.

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