Gala Jeunes Solistes des Beautés de la danse à la Seine Musicale
Les galas de ballets de classiques se font rares à Paris, et voici que trois soirées différentes sont proposées cet hiver. Tant mieux. « Les Beautés de la danse » version jeunes solistes ouvrent le bal et montrent la force et les limites de ce type de soirée.

Pas moins de dix pas de deux et solos de ballets du XIXe, voilà le riche programme de cette première soirée des 6e « Beautés de la danse », proposée par Gil Isoart, professeur à l'Opéra de Paris ainsi qu'au CNSMDP, et co-organisée avec Ekaterina Anapolskaya. Une programmation qui permet, cette année encore, de saisir les tendances du moment et l'avenir de chacun.
Les solistes sont tous issus de grands ballets européens : Opéra de Paris (pour Hohyun Kang, Francesco Mura, Ines McIntosh, Lorenzo Lelli, Clara Mousseigne, Shale Wagman) Scala de Milan (Linda Giubelli, Agnese Di Clemente, Edward Cooper, Navrin Turnbull) , Royal Ballet et Birmingham Ballet (Taisuke Nakao et Yu Kurihara). Il est intéressant de voir ce que ces jeunes danseurs donnent à voir et montrent de leur compagnie lorsqu'ils sortent de leur théâtre.
Concernant l'Opéra de Paris, largement représenté, le constat est dual et contrasté. Autant ces jeunes ont donné une effluve magnifique du style romantique, autant ils se sont lâchés sans contrôle dans la virtuosité Petipa. Le romantisme à son plus haut degré de raffinement, on le doit à une jeune danseuse extraordinaire et tellement artiste, la Coréenne Hohyun Kang, fraîchement promue première danseuse. Elle nous est maintenant familière, car on a déjà pu la voir dans Kitri (Don Quichotte), Aurore (La Belle au bois dormant) ou Anima de David Dawson. Mais dans ce répertoire romantique qu'est La Sylphide (pas de deux), elle est absolument divine. Bras si moelleux, cou, port de tête et regard jamais mièvres, petite batterie si douce, pantomime si claire, la jeune Coréenne a tout saisi de cette version Bournonville tellement expressive. Francesco Mura lui donne une réplique parfaite.
Mais la grande curiosité de la soirée est le pas de deux du Papillon reconstitué par Pierre Lacotte et transmis par Anne Salmon, qu'elle danse avec Lorenzo Lelli (récent prix du Cercle Carpeaux). Une merveille de lyrisme teinté d'humour, unique ballet de Marie Taglioni crée en 1860 pour la prometteuse Emma Livry (qui eut un destin tragique puisqu'elle mourra deux ans plus tard, à 19 ans, des suites des brûlures de son tutu sur la scène de l'Opéra !). On aimerait d'ailleurs voir l'intégralité de ce ballet remonté par Pierre Lacotte pour l'Opéra de Rome. En attendant, Hohyun Kang nous montre, à nouveau, l'étendue de son lyrisme subtil, protégée par l'élégant Lorenzo Lelli.
Tout autre sont les démonstrations de virtuosité de Clara Mousseigne (sorte de Fanny Ellsler terrienne, en opposition à la Taglioni-Kwang) dans le Cygne noir du Lac ou , surtout, dans Don Quichotte. Son Cygne noir (et ses beaux fouettés) a le mérite de la ruse maléfique du personnage, mais sa Kitri est bien trop excessive, à l'image de son partenaire Francesco Mura, qui privilégie les maniérismes espagnols aux portés étudiés. On imagine, certes, qu'il est tentant d'aguicher le public en gala, chose qu'ils ne se permettraient pas à l'Opéra, temple de « la modération dans la virtuosité ». Mais ils représentent aussi cette même « école française » du style et de la danse bien tempérée. Laissons les extravagances aux Américains et restons musical et subtil. Ainsi, les relevés de Kitri, ralentis à l'extrême pour montrer que l'on tient en équilibre ne permettent plus d'être en mesure… On retrouve les mêmes excès dans Le Corsaire de Shale Wagman dans ses sauts périlleux extravagants, mais le pas de deux s'y prête, malgré tout. Il prouve dans le pas de deux du Cygne noir qu'il a appris depuis son arrivée à l'Opéra de Paris à modérer ses ardeurs d'athlètes.
Les mêmes tentations guettent Ines McIntosh, danseuse pourtant plus discrète, dans ses arabesques trop penchées du cygne blanc. Elle aussi y cherche quelques effets de ralentis et d'arrêts alors qu'elle devrait aller dans l'abandon du cygne enfin rassuré et dans la fluidité du mouvement. Très pro, elle sait mener son Corsaire sans siller malgré une mauvaise chute.

L'abandon, la fluidité, on les trouvent finalement dans la sublime variation de La Belle au bois dormant (2e acte) de Noureev, si bien intériorisée par Navrin Turnbull, soliste australien de la Scala de Milan, nouvellement promu. Jambes interminables, beau physique expressif, il danse un monologue intérieur très subtil, alternant entre sérieux et léger sourire, comme s'il conversait avec lui-même et profitait de sa joie d'un enchainement maitrisé, dans cette redoutable variation aux équilibres et épaulements incessants. On retrouve ce même raffinement dans Fête des fleurs à Genzano de Bournonville, qu'il danse de manière solaire avec Linda Giubelli, de la Scala de Milan.
Quant aux solistes britanniques (mais venus du Japon), ils forcent un peu la dose sur le pas de deux final de La Belle au bois dormant mais avec quelques subtilités de style et une belle technique (tels les double tours en l'air de Taisuke Nakao) qu'il faut leur reconnaître.
Crédits photographiques : Paquita ; Le lac des cygnes ; la Belle au bois dormant © Francette Levieux








