Au « Mans sonore », le métallophone de Bastien David dans sa pleine résonance
Inscrit dans la programmation de la Biennale du « Mans sonore » qui a pris comme thématique « la résonance », le métallophone de Bastien David, structure géante de 216 lames métalliques qu'a construite le compositeur, trône sur le plateau de L'Espal, scène nationale du Mans, révélant à un public médusé toutes ses capacités vibratoires.

« Le Mans sonore », dont c'est la quatrième édition, est une manifestation d'envergure (du 14 au 25 janvier) qui mobilise de nombreux lieux culturels et patrimoniaux de la ville, avec expositions, installations, ateliers, performances, concerts, conférences et tables rondes, à la croisée de la musique, de l'acoustique, du design sonore, de l'écriture contemporaine et de la recherche.
Structure mobile et polymorphe, le métallophone de Bastien David est présenté sous la forme d'un clavier circulaire convoquant six percussionnistes de la compagnie Les Insectes, Arthur Bechet, Lucie Delmas, Yu-Lin Kuo, Morgan Laplace-Mermoud, François Vallée et Diane Versace, six musiciens merveilleusement investis dont le jeu collectif réclame tout à fois écoute aiguë et synergie du geste. Ils interprètent ce soir Les Métamorphoses (2022), la première pièce écrite par le compositeur pour l'instrument microtonal qu'ils jouent par cœur. Le spectacle d'une petite heure est immersif, où la scénographie lumière (Ronan Cahoreau-Gallier) et le geste, parfois chorégraphié, participent de l'écriture de l'œuvre.

Au commencement était le bruit : les musiciens, pieds nus et dans leurs nouveaux costumes de tarlatane sombre imaginés par Stéphanie Coudert, se sont installés dans le noir autour de l'instrument, testant d'abord avec leurs baguettes la résonance mate du sol et celle des supports de bois qui soutiennent la structure : « tremblement de terre » très doux sous les roulements fins des percussionnistes qui mettent l'oreille aux aguets. Les premières résonances des lames aux sonorités « détempérées » (rappelons qu'elles sont accordées au douzième de ton) évoquent le gamelan balinais mais prennent ensuite bien d'autres trajectoires sonores selon la manière de faire sonner l'instrument, en bloquant (ou non) la résonance de la lame : son « frisé », clapotis, grelots, sonorité lisse de l'archet frotté sur le bord ou granulations fines de l'ongle sur les lames, petit carillon ou salves de cloches très pastorales, jeu polyrythmique, tuilage de sonorités et spirales de résonance proche ou lointaine dont l'aura sonore et poétique dessine un espace toujours mouvant : un monde du vivant, luxuriant et riche, qui stimule l'imaginaire du musicien.
Le geste est à la source du son dans cette cérémonie étrange donnant parfois à voir le « ballet » des baguettes au-dessus des têtes des musiciens. Relativement calmes et groupés autour des lames dont ils sondent toutes les richesses encloses, les percussionnistes se répartissent ensuite autour du clavier pour débuter une rotation lente puis de plus en plus animée où les baguettes glissent d'une lame à l'autre dans un continuum sonore et un faisceau de résonance qui fascinent, tels ces sons paradoxaux qui donnent l'illusion de monter ou de descendre à l'infini. La fin, coupure brutale dans le noir déclenche les applaudissements avant le « ballet des lucioles », coup de théâtre aussi souriant que poétique qui prolonge, dans le silence de la nuit, cette expérience d'écoute inouïe.
En amont du spectacle, des ateliers pour le jeune public, présent le soir du concert avec ses parents, sont animés par Bastien David et sa compagnie des Insectes.
Une superbe exposition dans la salle attenante de L'Espal rend compte des différents milieux traversés par le métallophone, des herbes folles où il s'intègre à merveille aux décors plus sophistiqués des nombreuses scènes où il a déjà pu résonner.















