Boclé et Lancelin au festival Faits d’hiver
Deux pièces partageant des traits communs partagés en une soirée, des créations signées Jean-Christophe Boclé et Anne-Sophie Lancelin, c'était un cadeau du Festival Faits d'hiver au Théâtre de la Cité Internationale.
Dans la pièce Est au-delà, une raison d'être…, sur une création musicale d'Orlando Bass inspirée de Frédéric Chopin et de Webern, Jean-Christophe Boclé et ses danseurs décrivent un espace structuré, développé de manière égale et répétitive au début, puis en lien avec la composition musicale, chaque corps s'éloignant petit à petit de la structure pour y revenir et la transformer. Les corps échouent, se réveillent, semblent passer de l'éveil à l'oubli, avant de chercher encore une direction, une harmonie et de se couler à nouveau dans un espace à explorer.
La création originale de Anne-Sophie Lancelin inspirée de l'œuvre de René Char, Les transparents, créatures nées de l'imaginaire du poète dans son recueil Les matinaux de 1950, « … vagabonds luni-solaires qui ont de nos jours à peu près complètement disparu des bourgs et des forêts où on avait coutume de les apercevoir. Affables et déliés, ils dialoguaient en vers avec l'habitant, le temps de déposer leur besace et de la reprendre… » sont dans l'esprit de l'auteur une sorte de vagabonds-artistes qui venaient, discrets et fugitifs, tels des oracles, éclairer le jour des gens ordinaires. Comme dit Anne-Sophie Lancelin, « On les trouve depuis l'Antiquité dans des écrits, des poèmes, des récits. Ces êtres étranges sont reliés à la nature, ils ont trait au feu et à la lumière. Ils sont logés entre deux mondes et ont la faculté d'apparaître et disparaître à leur guise ».
Amatrice de poésie, autrice elle-même, la chorégraphe met en scène des corps à la présence vive, discrète et fugitive, mus par une sorte d'instinct du présent et de la relation à l'autre. Cristaux d'énergie en même temps que relâché et suspension, le mouvement intérieur, d'une grande légèreté et précision déploie mystère et beauté en autant de séquences tels des haïkus composant un recueil de poèmes.
Se sentir porté par l'air, le feu, être emporté par le mouvement du groupe, telle Christine Gérard, aérienne, en toute fragilité et sensibilité, se laisser traverser par les musiques, jouer du surgissement dans la lumière et la pénombre, c'est ici l'art des cinq interprètes qui explorent avec justesse le rapport à l'insaisissable, à la présence impalpable et immanente, tels des lucioles aussi impermanentes que ces Transparents dont le souffle est plus que palpable sur le plateau.
Une pièce d'Anne-Sophie Lancelin originale et subtile qui nous emmène loin et fait impression.





