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L’éloquence muette de Cyrano

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Londres. Sadler’s Wells Theatre. 14-XI-2009. Birmingham Royal Ballet : Cyrano, ballet en trois actes (2007). Chorégraphie : David Bintley. Musique : Carl Davis. Décors et costumes : Hayden Griffin. Lumières : Mark Jonathan. Maître d’escrime : Malcolm Ranson. Avec : Robert Parker, Cyrano ; Elisha Willis, Roxane ; Iain Mackay, Christian ; Dominic Antonucci, De Guiche ; Rory Mackay, Ragueneau ; Aaron Robison, Le Bret ; Marion Tait, Duenna ; Valentin Olovyannikov, Valvert ; David Morse, Capucin ; et les Artistes du Birmingham Royal Ballet. Royal Ballet Sinfonia, direction : Wolfgang Heinz

La question des grands ballets narratifs, souvent appréciés du public, fait trébucher bien des compagnies classiques. Est-il encore possible d’en créer de A à Z ? Vaut-il mieux remonter des productions qui ont déjà fait leurs preuves ? 

Le Birmingham Royal Ballet prouve avec la manière que l’option création est encore et toujours possible, avec une adaptation de Cyrano de Bergerac, la pièce d’Edmond Rostand, qui donne foi en la danse théâtrale.

La distribution de la création, de retour à Sadler’s Wells ce mois-ci, y en est pour beaucoup, mais l’intégration de tous les éléments est peut-être l’aspect le plus impressionnant de ce Cyrano. , chorégraphe et directeur de la compagnie, a réuni les moyens nécessaires à la création d’une partition originale, ainsi que de décors et costumes évoquant de manière très littérale l’époque de la pièce. Le compositeur, , se met habilement au service de l’action, et l’ensemble sert ainsi d’écrin à une chorégraphie classique digne d’attention. La pièce y est brillamment adaptée à l’univers de référence de la danse, et on retrouve l’alternance d’humour et de pathos du mélodrame – les pointes humoristiques, notamment, sont d’une précision délicieuse, qu’il s’agisse de la parodie d’Adage à la Rose réalisée par un cuisinier qui connaît quelques rhumatismes ou des détails du mime. Les épées n’ont pour une fois rien de jouets dans les passages de confrontation, dirigés avec art par Malcolm Ranson, mais l’ironie revient toujours et Cyrano utilise quelques demoiselles enamourées comme seconde arme contre Valvert. Quant à l’émotion, la dernière scène, lente, au cours de laquelle Cyrano blessé trahit son amour à Roxane, vaut bien des grands moments de théâtre.

domine la scène après un récent congé d’un an – revenu à la danse, il se fond dans un rôle-titre qu’il a créé en 2007. On a du mal à imaginer Cyrano de Bergerac orphelin de sa plume, d’ailleurs représentée sur le rideau de scène, mais l’éloquence du geste l’évoque étonnamment dans cette production. Des «monologues» au mime simple et expansif permettent de dire les lettres à Roxane – ainsi de la scène dans laquelle les gestes symboliques, sous le balcon de l’héroïne, s’oublient finalement dans une variation échevelée. mêle grotesque et sublime de manière fine, revenant à l’essence du personnage romantique, à son panache tragique.

A ses côtés, campe une Roxane coquette et volontaire. Juliette rêveuse à son balcon, ses lignes délicates et féminines forment un contre-point nécessaire à la compagnie d’hommes qui est au centre du ballet. Quant à sa présence en travesti dans le camp en guerre dans le dernier acte, menant le corps de ballet masculin, elle rappelle irrésistiblement la variation de Medora déguisée en pirate dans Le Corsaire, et cette prise de pouvoir donne une dimension extrêmement intéressante au rôle de la jeune première. La tragédie de Cyrano est au fond également la sienne et l’incarnera avec force dans la dernière scène. , de retour en tant qu’invité après son départ pour le Corella Ballet, rend lisible auprès d’elle la spontanéité presque naïve de Christian, et complète le trio fatal de manière absolument instinctive, assisté par un Le Bret (Aaron Robison) extrêmement assuré.

L’un des bonheurs de cette production tient par ailleurs à la présence de véritables rôles de caractère, dans lesquels s’illustrent d’anciens danseurs passés à l’enseignement. Rory Mackay excelle dans le rôle de Ragueneau, le restaurateur soutenu par quatre assistants (qui le soutiennent allègrement dans son désormais célèbre Adage à la Tarte). Marion Tait, surtout, ancienne grande ballerine anglaise et maîtresse de ballet, compose une hilarante duègne chargée de veiller sur Roxane, et que l’on gave de gâteaux pour mieux l’éloigner. On mentionnera encore le moine aveugle capable de marier tout ce qui bouge, incarné par David Morse. Mais le Birmingham Royal Ballet s’illustre dans son entier avec ce Cyrano, porté au début par une impeccable scène de théâtre collective puis par d’excellents passages de corps de ballet pour huit Cadets. y fait vivre la technique classique, loin des préjugés, et on espère voir un jour sur les scènes françaises ce Cyrano muet, car Rostand n’y est pas trahi.

Crédit photographique : Elisha Willis (Roxane) et (Cyrano) ; Willis (Roxane) et (Christian) © Bill Cooper

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Londres. Sadler’s Wells Theatre. 14-XI-2009. Birmingham Royal Ballet : Cyrano, ballet en trois actes (2007). Chorégraphie : David Bintley. Musique : Carl Davis. Décors et costumes : Hayden Griffin. Lumières : Mark Jonathan. Maître d’escrime : Malcolm Ranson. Avec : Robert Parker, Cyrano ; Elisha Willis, Roxane ; Iain Mackay, Christian ; Dominic Antonucci, De Guiche ; Rory Mackay, Ragueneau ; Aaron Robison, Le Bret ; Marion Tait, Duenna ; Valentin Olovyannikov, Valvert ; David Morse, Capucin ; et les Artistes du Birmingham Royal Ballet. Royal Ballet Sinfonia, direction : Wolfgang Heinz

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