Les Faucons (Los Gavilanes) ont du plomb dans l’aile…
Sans doute une des zarzuelas des plus célèbres et des plus abouties du Maestro Jacinto Guerrero, Los Gavilanes fait un bref retour sur la scène du Teatro Cervantes de Malaga dans une production du Teatro Lirico Andaluz, mise en scène par Pablo Prados, dirigée par Angel Chinchilla.

Si l'on se doit de louer les efforts permanents du Teatro Lirico Andaluz à défendre bec et ongles le genre de la zarzuela, force est de reconnaitre que ce soir la musique peine à convaincre totalement, ne restent alors que le théâtre et l'alégria…
Los Gavilanes raconte l'histoire de Juan, de retour dans son village natal après avoir fait fortune au Pérou. Son ancienne passion, Adriana, désormais veuve, a une fille nommée Rosaura, et Juan, surnommé « l'Indien », s'éprend, contre toute attente, de la jeune femme au grand dam de sa mère. Il tente de gagner son amour en épongeant les dettes de la famille et la poursuit de ses assiduités devant les villageois indignés, comme un faucon poursuit une colombe. Mais Rosaura aime Gustavo, et ce dernier, persuadé qu'elle épousera Juan, décide de quitter le village. Revenant à la raison, devant tant de désolation et de colère, Juan comprend in fine que l'amour et la jeunesse ne s'achètent pas, libérant alors sa proie pour laisser Rosaura et Gustavo convoler librement.
La mise en scène bien enlevée de Pablo Prados exploite avec beaucoup de lisibilité et de dynamisme cette intrigue simple, faisant la part belle aux élans du cœur et à la veine comique constamment entretenue par les deux barytons comiques, Clarivan (le maire) et Triquet (le gendarme). La scénographie (Guillermo Diaz) repose sur un décor unique représentant la place du village donnant sur le port, exaltée par de beaux éclairages. Les chorégraphies, assurées par le chœur participent de la fête, à l'instar des costumes traditionnels du plus bel effet… Tout cela serait bel et bon si, hélas, la distribution vocale inégale et l'orchestre d'une criante faiblesse ne venaient pénaliser cette production, donnée au Teatro Cervantes mais hors de sa saison lyrique.

La distribution vocale inhomogène pêche en premier lieu par le baryton Andres Del Pino qui campe un Juan brut de fonderie, statique, dont le célèbre air d'entrée à l'acte I « Mi Aldea » est émis tout en puissance, taillé à la hache et sans nuances. Carmen Serano dans le rôle d'Adriana ne fait guère mieux, le timbre est acide, le vibrato marqué, les aigus agressifs. Luis Pacetti en Gustavo livre en revanche toute sa superbe dans l'émouvant « Flora roja » de l'acte II, le timbre est lumineux, le chant souple et facile avec un beau legato face à l'ingénue Rosaura de Lourdes Martin dont on admire la douceur du timbre et la fraicheur, notamment dans le beau duo du final de l'acte II. Le chœur du Teatro Lirico Andaluz se montre également irréprochable de bout en bout, tant vocalement (justesse et cohésion) que scéniquement (ballets) à l'instar de Miguel Guardiola (Clarivan) et Pablo Prados (Triquet) irrésistibles de drôlerie.
Dans la fosse Angel Chinchilla peine à contenir un Orchestre du Teatro Lirico Andaluz qui prend régulièrement des libertés avec la justesse, souffrant de fréquents décalages avec les chanteurs comme dans les ensembles qui cèdent volontiers à la tentation du concours de décibels.
En bref, une production populaire qui fait la part belle au théâtre en oubliant quelque peu la musique (inégale au trait trop appuyé) saluée toutefois par un étonnant bis « Amigos, siempre amigos » chanté de concert avec le public séduit et enthousiaste ! Ah ! Alégria quand tu nous tiens… !
Crédit photographique : © Teatro Lirico Andaluz









