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Un Enlèvement pas ravissant

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : L’Enlèvement au Sérail K. 384. Maria Stader, Konstanze ; Ernst Haefliger, Belmonte ; Rita Streich, Blonde ; Josef Greindl, Osmin ; Martin Vantin, Pedrillo. RIAS-Symphonie-Orchester, direction Ferenc Fricsay. 2 CD Membran 222935-311. Enregistré en 1954. ADD mono. Notice (brève, pas de livret) en anglais et allemand. Durée : 36’14 et 72’56

 

Membran réédite à petit prix le second enregistrement par de l’Enlèvement au Sérail, initialement publié par Deutsche Grammophon. En effet, Fricsay avait effectué une première gravure en 1949 dans les studios de la radio allemande, mais dans les conditions du live, avec Sari Barabas, Anton Dermota et, déjà, et Josef Greindl. Cette version, parue chez Myto et Wallhal, se distinguait par son dramatisme constant, l’un des meilleurs Belmonte de la discographie et Greindl au sommet de sa forme, malgré une Konstanze un peu aigre et une prise de son sommaire. Cinq ans plus tard, le studio parait avoir assagi tout ce feu, d’autant que l’orchestre semble paradoxalement moins présent, la prise de son le reléguant derrière les chanteurs dans un halo un peu indéterminé où les cordes dominent. Certains tempi restent vifs, mais la transparence fait parfois défaut et les violons sont bien rêches. Surtout, l’ensemble n’a pas cet allant constant qui fait le prix de la version de 1949, et les moments plus lyriques semblent ici détachés de l’action, d’où quelques baisses de tension étranges. Et la distribution n’a pas gagné en homogénéité.

L’affection jamais démentie de Fricsay pour Maria Stader handicape à peu près tous ses enregistrements lyriques. Comtesse inexistante, Elvira hors de propos, Pamina trop mûre, elle est moins déplacée ici, mais sans dramatisme aucun et l’on est surpris de trouver la vocalise de « Martern aller arten » un peu savonnée ou l’intonation pas toujours impeccable. Surtout, cette couleur de voix, pure mais acide, a beaucoup vieilli ; on ne chante plus ainsi, qu’on le déplore ou non, et cela suffit à accuser l’âge de l’enregistrement. Il y a chez aussi quelque chose de daté, mais le sourire dans la voix, l’assurance crâne et la qualité de l’intonation font de sa Blonde, menue mais spirituelle, mieux qu’une curiosité d’antiquaire. Merveilleux évangéliste, n’a jamais été vraiment à l’aise dans l’opéra. Pourtant, le timbre un peu voilé a du charme et de la virilité, et le chant élégiaque est celui d’un fin musicien ; mais la justesse est parfois aléatoire, l’aigu comme la vocalise difficiles. Josef Greindl est moins en forme que cinq ans plus tôt, sa voix commence à s’érailler, devient caverneuse, il grommelle parfois plus qu’il ne chante. Son Osmin réellement menaçant, pas du tout bouffe, dégage pourtant une vraie autorité. Bon Pedrillo de Martin Vantin, sans plus.

Il est difficile de confesser, à la réécoute d’une version aussi célèbre, une légère mais réelle déception, et plus encore d’avouer que le chef y a sa part de responsabilité. Malgré l’intense admiration que l’on voue à , il faut bien reconnaître qu’il peine à insuffler une vision générale de l’œuvre, le sentiment d’une réelle progression dramatique. La placidité des chanteurs aidant, on assiste ici à une sorte d’oratorio parsemé d’instants de spectacle, assurés par Rita Streich et Josef Greindl, seuls à donner l’impression de vivre leurs personnages.

Malgré un prix attractif, et avec le handicap d’un son mono acide et caverneux – le report en Deutsche Grammophon « Originals » sonne de façon plus équilibrée – il est impossible de recommander cette version un peu fanée en première approche. Le catalogue Deutsche Grammophon recèle d’autres trésors : à un prix identique, dans la Collection « Opera House », la version moderne et « baroque » dirigée avec légèreté par John Eliot Gardiner, bien chantée par Luba Orgonasova, Cyndia Sieden, Stanford Olsen et Cornelius Hauptmann, lui un peu pâle pour Osmin toutefois ; et pour un peu plus cher, les partisans des versions « traditionnelles » pourront se tourner vers l’enregistrement de Karl Böhm, pour les couleurs limpides de la Staastkapelle de Dresde, la remarquable Konstanze d’Arleen Auger, l’Osmin de Kurt Moll, le mieux chantant de tous, un nasal mais engagé, en passant sur une Blonde acide comme une Granny et un Pedrillo consternant.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : L’Enlèvement au Sérail K. 384. Maria Stader, Konstanze ; Ernst Haefliger, Belmonte ; Rita Streich, Blonde ; Josef Greindl, Osmin ; Martin Vantin, Pedrillo. RIAS-Symphonie-Orchester, direction Ferenc Fricsay. 2 CD Membran 222935-311. Enregistré en 1954. ADD mono. Notice (brève, pas de livret) en anglais et allemand. Durée : 36’14 et 72’56

 
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