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Jules César et Andreas Scholl superstars à Copenhague !

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Giulio Cesare in Egitto. Mise en scène : Francisco Negrin ; Décors et costumes : Anthony Baker ; Chorégraphie : Ana Yepes ; Eclairages : Allen Hahn. Avec : Andreas Scholl, Cesare ; Inger Dam-Jensen, Cleopatra ; Randi Stene, Cornelia ; Tuva Semmingsen, Sesto ; Christopher Robson, Tolomeo ; John Lundgren, Curio ; Palle Knudsen, Achilla ; Michael Maniaci, Nireno. Concerto Copenhagen ; Direction : Lars Ulrik Mortensen. Réalisation : Thomas Grimm. 2 DVD Harmonia Mundi HMD990900809 ; code barre : 7 94881 84689 0. Enregistré les 14, 16 et 20 mars 2005 au Royal Danish Theater Copenhague. Menu en anglais, sous titres en quatre langues. NTSC 16/9 ; toutes zones. Durée : 3h36.

 

Les Clefs ResMusica

Les DVD d’opéra se suivent et ne se ressemblent pas. Si certains sont sans grand intérêt celui-ci est une merveille absolue. Lorsque l’intelligence se met au service de la musique et que tous les interprètes sont de magnifiques acteurs et d’extraordinaires chanteurs, que la mise en scène, les décors, les costumes, les lumières et la réalisation se complètent on approche la perfection.

Ceux qui veulent découvrir un opéra sur petit écran ne s’ennuieront aucun instant tant la mise scène est vive, suit les acteurs, sait respecter les tempi musicaux et passe des gros plans photographiques à des mouvements cinématographiques. Ceux qui aiment le verront dans son meilleur rôle, il est beau, bon acteur et chante comme à son habitude à la perfection. Ceux qui rêvent d’un Jules César complet et philologique seront à la fête, les coupures sont rares, les da capo respectés avec des variations virtuoses d’un goût exquis.

Rarement une transposition de l’action à l’époque moderne aura été aussi habile et musicalement juste. Cette lutte du pouvoir en Moyen-Orient, où les armées sont au service d’intérêts personnels, est hélas de la plus grande actualité. Sans jamais devenir des clichés nous avons plutôt sous les yeux des archétypes. Impossible de détailler toutes les trouvailles de mise scène toujours musicalement justes. La prise de vue et la réalisation ne méritent que des éloges. Bravo à Thomas Grimm qui aime et comprend la musique. Les décors extérieurs évoquent les restes d’une guerre ancienne qui laisse des structures en béton informes mais parfois décorés de hiéroglyphes. Les décors intérieurs sont suggestifs et plein d’humour. Les lumières sont très belles et passent bien à l’écran.

Les costumes sont originaux plutôt contemporains et plein de sous entendus. Cleopatra change de costume et de coiffure à chaque apparition. Caméléon de la séduction, elle finira par dévoiler sa vraie nature sensible et amoureuse, et une beauté nouvelle, lorsqu’elle aura tout perdu, même ses cheveux ! Ce qui est particulièrement réussi dans la mise en scène est la mise en évidence des richesses de relation des personnages. Il n’y a pas superposition mais intrication des histoires. Jamais les relations mère-fils entre Cornelia et Sesto n’ont été si vraies. Face au deuil qui la submerge Cornelia se maîtrise devant son fils mais l’aide aussi à exprimer ses propres sentiments et essaye de le consoler. Le chant de leurs douleurs à la fin de l’acte un en devient plus que bouleversant. Le deuil ne se partage pas vraiment mais l’amour lui, oui. Avec Ptolomeo et Cleopatra c’est la lutte trouble fraternelle avec abus de pouvoir des deux côtés qui est dévoilée. Ce frère et cette sœur ont des jeux bien dangereux. Les relations entre un puissant et son second sont particulièrement bien étudiées. Ptolomeo est un chef abusif, irrespectueux et sadique. La voix quelconque de est utilisée avec adresse. Achillas est quant à lui loyal, respectueux et sensible à la pitié. On comprend donc petit à petit qu’il va changer de camp et lâcher un tel tyran. Palle Knusen l’incarne à merveille physiquement et vocalement. Caesar est un militaire respectueux du droit et audacieux qui en impose par sa seule présence. Le charisme du chanteur est accentué par le costume militaire qu’il porte bien, pourtant il est plus intéressé par la conquête de Lydia-Cleopatra que par le pouvoir. Plus rare, l’humour a pour une fois sa place dans son air « Nascoso », y est soutenu par une mise en scène finement satirique. Chaque personnage est très travaillé et les chanteurs-acteurs les incarnent pleinement. Octavie a une beauté qui s’impose à tous grâce à la classe de Randi Stene. Sesto est l’adolescent qui acquiert son statut d’adulte au cours de l’aventure. Tuva Semmingsen a une voix somptueuse et une allure androgyne bien venue.

L’ensemble de la distribution est donc superlative et homogène. Beauté de la voix, virtuosité assumée, sensibilité dans les airs lents, ce sont tous des chanteurs haendéliens complets, qui peuvent tout chanter. Mention particulière pour Andreas Scholl qui avec sa technique unique non seulement vocalise à la perfection, mais surtout fait une démonstration du pouvoir émotionnel de ses sons filés dans « Aure, deh per pieta ». Sans oublier Inger Dam-Jensen qui est une Cleopatra de rêve. Sa voix fruitée est capable de belles nuances, elle maîtrise toutes les difficultés de la partition, et son timbre est très prenant. Et surtout quelle actrice !

La direction de est d’une rigueur et d’une théâtralité extrême. L’orchestre est coloré et varié, les récitatifs avancent toujours. Musiciens et chanteurs font tous un extraordinaire travail sur les nuances et les couleurs.

Ces DVD représentent un travail d’équipe où la perfection de chacun est mise au service d’une vision nouvelle et authentique de ce qui devient le plus bel opéra de Haendel et le plus beau DVD d’opéra depuis bien trop longtemps. Et comme toujours chez Harmonia Mundi l’empaquetage est magnifique.

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Giulio Cesare in Egitto. Mise en scène : Francisco Negrin ; Décors et costumes : Anthony Baker ; Chorégraphie : Ana Yepes ; Eclairages : Allen Hahn. Avec : Andreas Scholl, Cesare ; Inger Dam-Jensen, Cleopatra ; Randi Stene, Cornelia ; Tuva Semmingsen, Sesto ; Christopher Robson, Tolomeo ; John Lundgren, Curio ; Palle Knudsen, Achilla ; Michael Maniaci, Nireno. Concerto Copenhagen ; Direction : Lars Ulrik Mortensen. Réalisation : Thomas Grimm. 2 DVD Harmonia Mundi HMD990900809 ; code barre : 7 94881 84689 0. Enregistré les 14, 16 et 20 mars 2005 au Royal Danish Theater Copenhague. Menu en anglais, sous titres en quatre langues. NTSC 16/9 ; toutes zones. Durée : 3h36.

 
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