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Huw Montague Rendall chante le lied et la mélodie à Strasbourg

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Strasbourg, Opéra du Rhin. 29 IV 2026. Francis Poulenc (1899-1963) : Bestiaire, ou le Cortège d’Orphée ; Gabriel Fauré (1845-1924) : La Bonne Chanson ; Arnold Schönberg (1874-1951) : Quatre mélodies opus 2; Gustav Mahler (1860-1911) : Rückert-Lieder. Huw Montague-Rendall, baryton ; Hélio Vida, piano

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C'est presque une habitude pour de venir à Strasbourg. Après un excellent Papageno en 2022 et un récital en 2023, voici qu'il revient avec pour un autre récital de Lieder et de mélodies.

Sa voix a sensiblement évolué. Il est toujours très à l'aise dans le registre aigu, d'où vient qu'on lui propose souvent Pelléas, mais le médium et les graves se sont enrichis d'harmoniques supplémentaires, et il est possible qu'il devienne un jour un Kavalier-baryton. Pour le moment, c'est surtout un excellent Liedersänger et chanteur de mélodies qu'on écoute ce soir. Son français est désormais tellement bien travaillé qu'il semble naturel, tout comme son allemand, et toutes les poésies sont bien restituées, qu'elles soient d'Apollinaire, Rückert, Verlaine ou Dehmel. L'évolution de est surtout perceptible dans l'interprétation qu'il donne des textes. Il n'en rajoute pas, il ne propose pas de lecture un peu caractérisée, comme il le faisait encore il y a deux dans Die Schöne Müllerin sur cette même scène. Son approche est désormais celle de la plus grande sobriété d'effet, de la plus grande exactitude, et du plus grand respect de ce qui est écrit. Il a bien choisi : c'est la voie royale, la voie étroite qui mène à la vérité.

Le Bestiaire, œuvre difficile, est très réussi. Le Dromadaire avance pesamment, la chèvre ondule de désir soyeux et la carpe jette ses éclats dorés à travers la vase. Le piano franc et délicat d' contribue fortement à la justesse de ces interprétations. La peinture qu'il fait des frémissements de la nature comme des émois ou ambivalences de l'esprit est d'une grande finesse. Tout la Bonne Chanson est aussi d'un excellent niveau, avec de splendides évocations de la lumière et de la chaleur. La partie allemande du programme est encore plus belle. La netteté de la ligne du baryton, son souffle long et ses nuances parfaites posées sur l'écriture presque nue de Schönberg atteignent une émotion qui fait rêver de Wozzeck pour . Dans Mahler, même éblouissement : le Linden Duft est à pleurer, et l'apothéose de Um Mitternacht est simplement magnifique.

Huw Montague Rendall n'est plus un jeune artiste prometteur. Il est désormais un grand chanteur, sensible et professionnel, conscient de ce qu'il peut et ne doit pas faire. Il est encore plein de potentialités, mais l'entrée dans la maturité artistique est faite. Parmi les nombreux bis que lui et donnent à un public enthousiaste et insatiable, il y a la Ständchen de Schubert, qu'il avait également donnée en bis, ici même, trois ans plus tôt. Le parallèle ne fait que confirmer notre impression : simplicité, sobriété, respect total et splendeur aboutie. Notons encore, parmi les bis, un Montparnasse de Poulenc d'une transparence idéale, et un émouvant Silent Noon de Vaughan Williams, qu'il dédie à la mémoire de son père, le ténor David Rendall disparu l'an passé.

Crédits photographiques : Huw Montague-Rendall © Simon Fowler

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Strasbourg, Opéra du Rhin. 29 IV 2026. Francis Poulenc (1899-1963) : Bestiaire, ou le Cortège d’Orphée ; Gabriel Fauré (1845-1924) : La Bonne Chanson ; Arnold Schönberg (1874-1951) : Quatre mélodies opus 2; Gustav Mahler (1860-1911) : Rückert-Lieder. Huw Montague-Rendall, baryton ; Hélio Vida, piano

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