Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Chopin par Krystian Zimerman, Maître du genre

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Lyon, Auditorium. 02-IV-2010. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en fa dièse majeur op. 15 n°2 ; Sonate n°2 en si bémol mineur op. 35 ; Sonate n°3 en si mineur op. 58 ; Barcarolle en fa dièse majeur op. 60. Krystian Zimerman, piano

Après une escale à Dijon le 23 mars dernier, poursuivait cette fois- ci sa tournée européenne «Chopin» à Lyon.

Plus d’une fois pendant ce concert, nous aurons l’impression de voyager dans le temps, d’être les invités privilégiés d’un artiste d’exception, comme au XIXe siècle quand les musiciens se produisaient devant une poignée de convives triés sur le volet. Comment ne pas évoquer les soirées organisées dans les Salons du Château Nohant où Chopin passa de nombreux étés et composa les pièces majeures de son répertoire (dont les sonates programmées ici) ?

C’est dans cette atmosphère intimiste que s’inscrit le Nocturne op. 15 n° 2, élégant et poétique, annonçant déjà la Barcarolle en fin de récital. Le jeu du Polonais, parfois si feutré, aurait pu sembler apprêté et se perdre dans l’espace du grand auditorium, il n’en fut rien. Chez lui, le geste traduit la pensée avec une exactitude millimétrée. Ils sont d’ailleurs peu nombreux dans le métier à avoir atteint cette forme de plénitude dans leur Art.

La Deuxième sonate en si bémol mineur, pour une fois jouée avec sa reprise, est resplendissante : raffinée du point de vue digital et de la dynamique et d’une qualité sonore sidérante. A l’image d’un Chopin malade, la course effrénée du premier mouvement est haletante. La progression du discours est attentive à la nuance près avec un travail précis des pédales. La «Marche Funèbre» avance tel un rouleau compresseur sans pour autant noircir avec lourdeur le tableau et culmine avec le passage en majeur, angélique et bouleversant. Emu aux larmes, le public retient sa respiration. Le Presto final est, lui, époustouflant d’agilité. Il s’agit d’un fulgurant magma fantasmagorique, rarement entendu à cette vitesse, où quelques notes percent un épais brouillard avant d’être englouties par les ténèbres.

Juste avant l’entracte, le Deuxième scherzo, dans une version pleine de contrastes, apparaît plus proche de l’esprit de l’Impromptu et de la Ballade. Un fa perdu dans les hauteurs du clavier lui échappera par deux fois le ramenant subitement parmi les mortels ! Amusé, le pianiste laissera échapper un sourire et rejouera la note indisciplinée…

Après la pause, toujours avec sa reprise, la Troisième sonate est de la même veine que la précédente : construction rondement menée, originalité des effets et des couleurs, soin tout particulier dans les enchaînements et brillance lumineuse des traits. Le Largo est ainsi envisagé dans sa profondeur de discours et pas simplement dans sa beauté plastique. Le mouvement en devient presque contemplatif, d’une délicatesse extrême, proche d’une Berceuse. L’incontournable Finale est joué à une allure sidérante et quasiment sans pédale dans toute la première partie. Nous y retrouvons une sobriété esthétique très personnelle avec un ‘swing’inhabituel côté basse. La soirée se termine sur une Barcarolle, véritable écrin poétique, empreinte de mystères et de colorations délicates. Toucher perlé, couleurs pastels… les Jardins de Giverny où Monet peignait jadis les Nymphéas nous ouvrent leurs portes.

Au final, ce fut un magnifique récital de la part du Maître des lieux, ovationné à juste titre par un public lyonnais conquis.

Crédit photographique : © Mat Hennek / DG

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Lyon, Auditorium. 02-IV-2010. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en fa dièse majeur op. 15 n°2 ; Sonate n°2 en si bémol mineur op. 35 ; Sonate n°3 en si mineur op. 58 ; Barcarolle en fa dièse majeur op. 60. Krystian Zimerman, piano

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