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Monologues de William Blank : l’art du solo au pluriel

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« Monologues ». William Blank (né en 1957) : Après cris, Lightnings pour piano solo ; Fragments III pour violon solo ; Chords, pour accordéon solo ; Gegen pour alto solo ; Refrain pour harpe solo. Gilles Grimaître, piano ; Mira Wang, violon ; Fanny Vicens, accordéon ; Geneviève Strosser, alto ; Letizia Belmondo, harpe. 1 CD Cascavelle. Notice de présentation en français, anglais, allemand. Durée : 68:59

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Six pièces solistes du compositeur suisse et autant d'interprètes sont réunis dans ce nouvel album monographique qui donne à mesurer la puissance du geste compositionnel et l'art de le bien conduire.

Distantes de treize années, les deux pièces pour piano solo n'en dévoilent pas moins les mêmes axes d'écriture. Après cris (2001) – sorte d'épilogue de Cris pour piano et ensemble – met en jeu une dualité entre blocs et figures, un travail sur la résonance et les contrastes de dynamiques. Le piano est partiellement préparé et la troisième pédale dite « sostenuto » à l'œuvre pour obtenir des effets d'échos et autres strates sonores qui enrichissent la texture. Lightnings (2014) est une pièce écrite pour le Concours de Genève. Le phénomène de la résonance y est toujours central, faisant appel à la pédale « sostenuto » sans le recours du jeu dans les cordes : vitesse d'énonciation, énergie du geste et aura spectrale des accords timbres entretiennent la tension de l'écoute sous les doigts experts de , dans une variation constante du temps et de l'espace.

Chords pour accordéon (2013) est basé sur un choral luthérien qui texture l'espace et voyage dans tous les registres de l'instrument. Blank explore le timbre et les couleurs d'un accordéon situé, dit-il, entre l'harmonium d'église et le shō japonais. De la lumière des aigus à l'outrenoir des basses, les sonorités somptueuses que tire de son instrument laissent apprécier l'onctuosité et la richesse d'un espace harmonique très raffiné.

Fragments III (1989), la pièce la plus ancienne de l'album, répond à une commande du Concours international de violon Tibor Varga. Entendue sous l'archet impérial de , l'œuvre déploie tout à la fois virtuosité du trait, variations timbrales du jeu et expressivité de la ligne qui s'aventure aux confins du registre aigu de l'instrument.

Comme György Kurtag, aime adresser des messages à ses pairs. Ainsi Refrain pour harpe, sous les doigts de , rend-il hommage à , le titre renvoyant à l'idée de rondo qui gouverne la forme de Quatrain du maître japonais. Blank regarde vers le gu-zheng chinois ou le koto japonais pour concevoir une écriture qui s'éloigne des gestes « clichés » attachés à l'instrument occidental. On y entend un jeu sophistiqué sur la résonance et les couleurs harmoniques, exigeant l'énergie du geste dans un espace sonore qui se dilate ou se resserre à l'envi.

Œuvre d'envergure, Gegen pour alto solo se démarque des cinq autres titres par sa longueur (22') et son allure de « tombeau » in memoriam (1918-1970). C'est à l'esprit de lutte, qui traverse l'existence toute entière du compositeur allemand, que Blank veut rendre hommage dans Gegen (Contre) où il cite des fragments de sa Sonate pour alto seul (sous-titrée … Au chant d'un ange…) adressée à la mémoire de sa fille Barbara emportée tragiquement quelques jours après sa naissance. Vaste « poème » en trois mouvements, Gegen est une pièce magistrale interprétée, et avec quelle maestria, par qui a mis la sonate à son répertoire à côté de celle de Zimmermann. Issue d'un geste ressassé dans un premier mouvement furioso, l'image spectrale se déploie progressivement en un nuancier de couleurs et de figures que l'interprète fait flamboyer sous son archet. Sorte de Lament, le deuxième mouvement se construit autour de deux citations de la Sonate de Zimmermann dans un temps long invitant à une écoute recueillie. Comme dans le première mouvement, l'esprit de lutte (qui mène le compositeur au suicide) est tangible dans un final où, sous l'âpreté du discours, se dessine le cheminement intérieur vers la catastrophe. La richesse exploratoire du timbre fascine tout comme le contrôle de tous les paramètres du discours pour mettre à l'œuvre la force expressive du son.      

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« Monologues ». William Blank (né en 1957) : Après cris, Lightnings pour piano solo ; Fragments III pour violon solo ; Chords, pour accordéon solo ; Gegen pour alto solo ; Refrain pour harpe solo. Gilles Grimaître, piano ; Mira Wang, violon ; Fanny Vicens, accordéon ; Geneviève Strosser, alto ; Letizia Belmondo, harpe. 1 CD Cascavelle. Notice de présentation en français, anglais, allemand. Durée : 68:59

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