STRIP, l’installation cyberno-punk des Idoles
Le collectif Les Idoles propose STRIP, une installation vivante à la croisée de la danse et des arts visuels, au Pavillon de Romainville, dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint-Denis.
Les idoles, c'est Chandra Grangean et Lisa Messina, collectif à elles deux, fondé en 2020 à la suite de leurs études au CNSMD de Lyon, partie prenante de la plateforme artistique la Feat, un réseau d'artistes et de collectifs qui développe des projets croisant danse, performance, musique et arts visuels.
STRIP c'est d'abord un balancement. Le balancement d'un corps non pas bicéphale mais quincéphale, si l'on peut dire. Un balancement de corps sans visage, comme l'héroïne du film Les Yeux sans visage de Georges Franju qui viendrait croiser celle du film Titane de Julia Ducournau. Avec leurs perruques aux cheveux longs ou hirsutes, leurs visages plastifiés, leurs yeux clos de bouts de sparadrap, leur peau à la texture mastic reproduits à l'identique sur des visages absents, les interprètes s'installent dans un dispositif bi-frontal que les présences zombies vont honorer tour à tour.
Balancement musical une heure durant également avec l'autrice aux platines parée tout autant de masque et perruque. Elle nous délivre des bruitages aquatiques, des plages musicales mouvantes, enveloppantes et changeantes au gré de ses transformations accompagnant celles de ses complices au plateau, augmentés des sons et frottements produits par les matières manipulées en direct.

Petit à petit, la masse organique oscillante détache par bouts les artefacts des paupières, des joues, des nuques et des fronts, transforme le visage en arête rouge ou y creuse un trou vermillon béant. Chaque micro-geste disruptif sur le visage ou le corps du voisin se prolonge d'une micro-intrusion sur le corps le plus proche, et ainsi de suite et par effet de cascade, transforme le corps collectif. Sous l'effet d'un véritable jeu de morphing à vue, l'identité individuelle aussi bien que collective se trouble.
Puis, petit à petit les corps se désynchronisent, le rythme s'accélère, les mains telles des ventouses avides bousculent les chignons formant comme des visages grotesques, agitent les perruques sous les costumes, arrachent les lambeaux de vestes sous lesquelles se nichent des réserves de matières plastiques prêtes à réemploi. Les mains déforment les visages qui se gonflent ou se creusent, asphyxiés sous les sacs plastiques que régurgitent les bouches.
Dans ce laboratoire cyberno-punk d'un corps bionique, les contacts peau à peau de matières artificielles invasives non dégradables interrogent le processus de mutation d'une présence commune qui semble s'échapper.
Jusqu'au bout d'un balancement lent et lancinant, l'hydre transformée n'en démord pas et, une fois les visages-opercules nus retrouvés et les perruques retroussées, le mouvement ralentit, les bras s'enchaînent, les yeux se referment pour retrouver, sans fard, une expression et un habitus aussi inexpressifs et absents qu'au début.
















