Andrea Marcon et Isabelle Faust pour ouvrir les Matinées Mozart à Salzbourg
L’orchestre du Mozarteum de Salzbourg est toujours une garantie de qualité, mais la direction de Marcon reste trop peu mozartienne pour convaincre pleinement.
Au cours de son mandat, Markus Hinterhäuser n’aura guère pris soin des Matinées Mozart, données chaque week-end avec l’orchestre du Mozarteum, si bien que les programmes proposés manquent trop souvent d’une ambition dramaturgique, et surtout d’œuvres un peu plus rares que les trois dernières symphonies et la Petite musique de nuit. Cela n’empêche du reste pas l’amour du public pour ces concerts matinaux, immanquablement complets dès les premières réservations, à tel point que le prix des places en première catégorie est arrivé à 180 €, pas beaucoup moins que les 240 € demandés pour le Philharmonique de Vienne. La période 2004-2016, où l’orchestre avait pour directeur musical Ivor Bolton, a fait beaucoup pour la popularité de la série, et même le mandat malheureux de Riccardo Minasi, qui a depuis cédé la place à Roberto González-Monjas, n’a pas entamé ce succès. Pour la première fois, Ivor Bolton n’est pas à l’affiche, et c’est bien dommage.
Avec Andrea Marcon, ce premier concert de la série a au moins le mérite d’une certaine cohérence chronologique, mettant à l’honneur le jeune compositeur salzbourgeois, entre 1774 et 1779 – si on excepte le menuet de la Symphonie n° 33, ajouté quelques années plus tard. C’est cette dernière qui ouvre le programme : on ne peut pas nier l’énergie qu’y met Andrea Marcon, soucieux de toujours bien marquer le rythme et de souligner les interventions des vents, mais cette énergie s’exprime au détriment du flux de la musique, et l’attention aux vents s’accompagne d’une mise en retrait des cordes, notamment des premiers violons qui perdent leur rôle moteur. C’est bel et bien l’effet de la direction, on a assez entendu cet orchestre pour savoir de quels merveilles d’équilibre il est capable.
Les concertos pour violon sont eux surreprésentés depuis des années dans ces matinées, sans qu’on comprenne bien pourquoi. Cette fois, c’est Isabelle Faust, qui avait déjà interprété les premier et troisième concertos dans le même cadre en 2021, qui revient pour le cinquième ; conformément à ce que prévoit la partition, elle joue avec les premiers violons dès l’introduction du premier mouvement, ce qui aide visiblement à donner aux cordes un peu plus de présence. Sa première phrase soliste manque pourtant d’ampleur, de couleur, à la limite de l’aigreur, mais les choses s’améliorent quand le discours s’anime ; le dialogue avec l’orchestre est incontestablement sa grande force, elle qui, chambriste distinguée, ne se contente jamais d’un rôle de diva seule dans la lumière. La direction de Marcon doit s’adapter et perd un peu de son aspect mécanique.
Pour finir, la Symphonie n° 29 offre un équilibre plus satisfaisant, notamment entre les cordes cette fois bien présentes et les vents. L’impression de nervosité, comme dans le concerto, est moins vive que dans la première œuvre du programme, mais on sent surtout dans le premier mouvement que le souci du mouvement est plus important pour lui que l’articulation du discours. Andrea Marcon a bien mérité du monde de la musique pour ses interprétations du répertoire baroque ; pour Mozart, il n’a pas encore tout à fait trouvé sa voie.
Crédits photographiques : © SF/Marco Borrelli
Lire aussi : Tous nos articles du Festival de Salzbourg














