Danse , Festivals, La Scène, Spectacles Danse

La Ribot invite dans son Pavillon Danse à Aubervilliers

Plus de détails

Aubervilliers. La Commune. 6-VI-26 et 13-VI-26. Pavillon Danse La Ribot. Dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint-Denis. 

La Ribot : Juana Ficción. Direction artistique : La Ribot et Asier Puga. Chorégraphie et mise en scène : La Ribot. Conseil en musicologie : Alberto Cebolla. Musique : Iñaki Estrada, Álvaro Martín, Johannes Ockeghem, Alexander Agricola, Josquin des Près, Pierre de la Rue. Dramaturgie : Jaime Conde Salazar. Création lumière : Éric Wurtz. Création des costumes : Elvira Grau. Confection des costumes : Elvira Grau, Marion Schmid. Direction technique : Marie Prédour. Interprétation : Juan Loriente, La Ribot. Direction musicale : Asier Puga. Arrangements, composition originale et musique électronique : Iñaki Estrada. Espace sonore et musique électronique : Álvaro Martín. Orchestre de chambre de l’Auditorium de Saragosse Grupo Enigma : Víctor Parra, violon, Xavier Olivar, alto, Zsolt G. Tottzer, violoncelle, Fernando Gómez, flûte, Emilio Ferrando, clarinette, Joan Germán Oliveros, saxophone, Juan Carlos Segura, synthétiseur. Chœur polyphonique Schola Cantorum Paradisi Portae : Cristina Vicente Pimpinela (alto), Igor Tantos Sevillano (ténor), Marcos Castrillo Sampedro (ténor), Alberto Cebolla Royo (baryton)

Olga Mesa : Une table à soi (danses de mains). Conception, chorégraphie, textes, vidéos et corps opérateur : Olga Mesa. Dispositif scénique, lumière : Olga Mesa en dialogue avec Marta Blanco. Direction technique et régie lumière plateau : Citlalmina Jasso. Régie, édition, spatialisation vidéo : Marta Blanco. Bande son : Olga Mesa en dialogue avec Frédéric Apffel
Régie son, spatialisation et mixage : Frédéric Apffel. Les Ivanova (voix-off) : Sun Man, Joanna Macias, Louison Souviron, Nathanaël Ruiz de Infante, Claudia Texeira. Conseil dramaturgique : Francisco Ruiz de Infante, Catarina Saraiva, Roberto Fratini. Regard extérieur : Irène Filiberti.

Luz Arcas : Mariana. Danse : Luz Arcas. Voix : Bonela Hijo. Percussions et synthétiseur : Carlos González. Bugle : Abraham Ro, mero. Guitare : Bonela Chico. Claquements de mains et frappes de pieds : Carmen Ríos. Direction artistique, chorégraphie et espace scénique : Luz Arcas. Accompagnement dramaturgique : Rafael Sánchez & Mateo Paniagua. Assistance scénique et musicale : Abraham Gragera. Assistance artistique et costumes : Ernesto Artillo. Conseillère flamenco : Charo Martín. Lumières : Jorge Colomer

La Ribot : Pièce distinguée N°59. Direction artistique et chorégraphie : La Ribot. Avec La Ribot et Juan Loriente. Costumes : La Ribot et Marion Schmid. Direction technique : Marie Prédour. Productrice : Aude Martino. Communication et production : Juliette Henrioud Administration Gonzague Bochud. Production : La Ribot Ensemble. Paysage sonore : Pablo Contreras. Direction technique : Cristina Bolívar. Techniciens de tournée : José Espigares & Pablo Contreras. Photographie et vidéo : Virginia Rota, Alejandra Amere, Jorge Colomer. Design graphique : María Peinado. Production : Alberto Núñez & Alex Foulkes. Production exécutive : Fernando Jariego.

Partager

Les Rencontres Internationales de Seine-Saint-Denis, sous le signe de l’Espagne, ont invité Maria , la papesse de la danse contemporaine et de la performance, à un Pavillon Danse à Aubervilliers. a convié des artistes avec lesquels elle se sent en connivence, , , , Juan Dominguez, Mathilde Monnier et composé un ensemble de spectacles sur deux week-end.

Un Pavillon est une invitation faite à un artiste, un collectif, à installer son monde au théâtre de La Commune d’Aubervilliers, pour l’habiter différemment et bouger les frontières. Les artistes invités invitent à leur tour celles et ceux qui les inspirent pour composer un ensemble inédit, redéfinir les espaces, expérimenter et partager avec le public. C’est ce qu’a fait

Juana Ficción – Maria La Ribot 

Dans Juana Ficción, pièce créée pour le Festival d’Avignon en 2024 avec le chef d’orchestre espagnol , la danseuse et chorégraphe retrouve son complice, le danseur et comédien , pour redonner vie à une figure féminine effacée de l’histoire. Dans la pénombre du plateau où le public, libre de mouvement, entoure sept solistes et les voix du chœur polyphonique, la performeuse apparaît, après une introduction où la musique s’élève seule, empruntant aux folia distinguées des XVe et XVIe siècle espagnol, interprétée par le .

Coiffée d’un cerceau-traîne de voiles roses fluides tels les filaments d’une méduse féerique portée par les flots, La Ribot glisse silencieusement dans le public, coursée par un grand escogriffe cagoulé qui dissimule son visage, inquiétant et déjà porteur de sombres augures. Elle, c’est Juana I de Castilla, reine de Castille au XVIe siècle, dite Jeanne la folle, empêchée de régner par son père pour des raisons politiques et qui fut internée dans la forteresse de Tordesillas, jusqu’à sa  mort en 1555.

Au son d’un véritable voyage sonore d’une musique augmentée d’électronique du compositeur , l’ombre-escogriffe fait de la danseuse sa chose. Juchée sur un tabouret, il l’habille de souliers rouge-sang vernis, un classique de tous les fantasmes, puis la regarde à distance s’agiter sur son tabouret dans un mouvement de vaine protestation. Il lui porte divers accessoires, des étoles de couleur vive ou blanche et un bracelet de grappes de raisin dont elle s’entoure, faisant surgir un biais Pedro Almodovar.

La danse tourne autour de l’orchestre et du public, dans une ronde où les voix de la Renaissance matinées d’électro intensifient le sentiment d’impuissance face à cette reine déchue, jusqu’à une rupture dans le temps. Le chœur des musiciens s’efface à l’annonce d’une projection vidéo, dont l’image s’affiche sur les écrans de téléphone. Sur une nappe de musique électronique bruitée, La Ribot, coiffée d’une résille noire austère, y déroule un solo sobre et épuré fait de buste et de bras flamenco spiralės.

Survient alors une nouvelle rupture : le groupe de musiciens se reforme tandis que l’incarnation de la reine et la figure grotesque de la mort sillonnent à vélo le public avec pour tout éclairage de scène leurs propres feux. On entend alors une nouvelle annonce en espagnol : « Van a caer en 20 segundos ». Les deux cyclistes chutent. L’émissaire de la mort se relève. La Ribot gît au sol, comme sans vie. L’ombre, pleine de sollicitude, ré-agence le corps comme pour un dernier voyage. Dans une grande pénombre, s’emparant d’un pot de glaise noire et penché avec attention au-dessus de la dépouille de l’insensée reine, l’envoyé du Styx s’acquitte solennellement de la tâche qui lui revient, recouvrir totalement la gisante de noir, tel un suaire, jusqu’à l’invisibiliser.

Dans le crépuscule qui s’installe, le public est libre de s’approcher de la scène, éclairée de la seule lumière rouge des catadioptres. Les éclats qui jaillissent de la matière qui recouvre bientôt tout le corps de la statuaire renvoient aux reflets somptueux des plus grandes cathédrales d’Espagne gorgées d’or, d’esprits célestes et de sacrifices. La mort veille sur le corps avec attention, les musiciens s’éloignent, laissant la bande son électronique s’éteindre elle aussi. Le public s’attarde, contemple la scène à loisir jusqu’à l’extinction du dernier reflet.

Une table à soi (danse de mains)

Dans Une Table à Soi (danse de mains), un récit chorégraphique et filmique, propose une installation éclatée entre un décor parsemé de boules tango et de tissus amples soulevés par le souffle des ventilateurs, un espace scénique où l’on parle et chante et un triptyque de projection de films sur les arbres et la nature. Elle convoque des figures de femmes avec lesquelles elle rentre en dialogue (Virginia Woolf, Isadora Duncan et Olga Ivanovna Preobrajenskaïa, entre autres) et fait circuler les mots d’écrivains projetés en phrases qui défilent. Et surtout, objet central de la performance, Olga Mesa communique à distance avec sa mère autour d’une allégorique histoire de mains. Tout cela compose un paysage en mouvement, fragmenté, que l’autrice traverse en toutes fragilités.

Mariana

Danseuse et chorégraphe contemporaine majeure de la scène espagnole, , accompagnée de cinq formidables musiciens du Cante Rondo, déploie dans Mariana sa danse seule au plateau dans une succession de tableaux entre incarnation et transcendance. Après une ouverture plus contemporaine sur un premier chant andalou, sa chorégraphie réveille, au cours des tableaux suivants, les racines profondes d’une danse populaire brute et le flamenco des origines.

Loin des déplacements modernistes d’un Israel Galván, la danseuse se laisse traverser par différents états, que l’on peut qualifier de poreux, nés de la relation entre l’homme et l’animal et établie depuis la nuit des temps. États qu’elle interroge et nous fait partager, tout en laissant place à notre imaginaire. Fantasmagorie de la représentation animale, peinture de l’épuisement du compagnon de labours entravé du harnais qui le soumet au joug et au maître, mais aussi vision de ces lanières en cuir façon bondage qui contraignent le corps de la danseuse et par extension lient celui du maître.

L’énergie déployée est fantastique, jusqu’à l’éreintement. Soutenu par les palmas et la pureté des chants, on y lit les rebuffades de l’âne buté, l’emballement du cheval qui frémit mais aussi sa sensible complicité avec l’homme, la liberté et la fantaisie de la chèvre récalcitrante Mariana, fidèle partenaire de labeur qui requiert constamment l’attention du gardien de troupeau, lequel partage avec l’animal ce besoin de liberté qu’il transcende lors de fêtes de villages dans de cathartiques danses endiablées.

Dans un puissant duo face au percussionniste et ses gongs, des grelots liés au corps, les frappes sur le sol de la danseuse cognent comme les sabots des troupeaux, alors qu’au son des palmas, Luz Arcas dessine les contours folkloriques d’une danse ritualisée colorée de touches de Kathak indien. Surgit alors l’acmé musical de la pièce lorsque le cornettiste lance avec éclat un solo de haut vol d’une grande liberté d’improvisation et aux accents joyeux des peñas, fêtes populaires taurines espagnoles. Sa brillance et sa stature puissante donnent légèreté à la marche serpentine de Luz, surmontée d’un ample masque rouge et or tel les dragons festifs des célébrations chinoises. La parure sert tout à tour de coiffe pour un bestiaire collectif puis, glissé autour des hanches, de ceinturon d’où sous l’effet de mouvements suggestifs surgit la figure du taureau qui jauge son adversaire avant de charger. Une danse brute et un élan vital qui convoque le désir, la peur, l’effort, la fatigue, l’ombre de la mort.

Dominé par la figure prométhéenne du cornettiste épaulé par le percussionniste, sa serpette et sa femme émerge en fond de scène un allégorique tableau grottesco d’un monde paysan finissant fixant, figė, un horizon sans fin. Puis grill de lumière et Svoboda s’abaissent au-dessus d’un cercle de sciure que vient piétiner Luz, dans un dernier rituel d’arpentage solitaire, jusqu’au lâcher prise.

Alors qu’une barre de néons rouge et bleu illumine à distance l’arène des bacchanales et qu’au chant se mêlent des accents plus techno, nous vient la triste image d’un Buffalo Bill condamné, lui et ses chevaux, aux jeux du cirque sous les yeux d’un public aussi avide qu’impitoyable. Le tribut payé à la gloire, tels d’éternels bêtes de foire aux destins indissociables. C’est une performance anthropomorphique d’une énergie folle, incarnée et incandescente, à la lisière de la transe et jusqu’à l’épuisement.

Pièce distinguée N°59 – La Ribot

Créée en 2023 à Genève, Pièce distinguée N°59 fait partie de l’ensemble des Pièces distinguées que La Ribot a commencé en 1993. Donnė dans le parc attenant au théâtre à la tombée de la nuit contre un mur de mosaïque jaune qui reflète élégamment les derniers rayons du soleil, ce duo de forme brève – marque des pièces distinguées – clot en douceur cette soirée forte en émotions. Convoquant l’immatérialité de la lumière, les corps de la Ribot et son complice de toujours vont en douceur et inexorablement s’adonner à un rituel de dépouillement et d’offrande à Héphaïstos, dieu du feu.

Au fur et à mesure que gagne l’obscurité, l’un et l’autre s’appliquent à recouvrir les moindres fragments du corps de l’autre d’une peinture dorée, vêtements compris, avant de les abandonner, couche après couche, peau après peau, dans le brasier. Les corps séparés ne font plus qu’un au fur et à mesure que la lumière naturelle décline pour continuer de briller et les deux performeurs, lovés l’un contre l’autre, accomplissent l’instant dans une dernière étreinte pleine d’attention et de tendresse apaisée. Rituel de mise à nu de l’être où se reflètent et scintillent les éclats du crépuscule, politique et poétique, à l’image du feu qui se consume, la performance irradie jusqu’aux derniers rayons du soleil.

Crédits photographiques : La Ribot – Juana Ficcion © Kenza Wadimoff ; Olga Mesa, Une table a soi -Crédit photo Christoph de Barry ; Luz Arcas, Mariana ©Virginia Rota ; La Ribot, Pièce distinguée N59, 2023 © Ahmad Mohammad

Article mis à jour le 24 juin 2026

(Visited 66 times, 1 visits today)
Partager

Plus de détails

Aubervilliers. La Commune. 6-VI-26 et 13-VI-26. Pavillon Danse La Ribot. Dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint-Denis. 

La Ribot : Juana Ficción. Direction artistique : La Ribot et Asier Puga. Chorégraphie et mise en scène : La Ribot. Conseil en musicologie : Alberto Cebolla. Musique : Iñaki Estrada, Álvaro Martín, Johannes Ockeghem, Alexander Agricola, Josquin des Près, Pierre de la Rue. Dramaturgie : Jaime Conde Salazar. Création lumière : Éric Wurtz. Création des costumes : Elvira Grau. Confection des costumes : Elvira Grau, Marion Schmid. Direction technique : Marie Prédour. Interprétation : Juan Loriente, La Ribot. Direction musicale : Asier Puga. Arrangements, composition originale et musique électronique : Iñaki Estrada. Espace sonore et musique électronique : Álvaro Martín. Orchestre de chambre de l’Auditorium de Saragosse Grupo Enigma : Víctor Parra, violon, Xavier Olivar, alto, Zsolt G. Tottzer, violoncelle, Fernando Gómez, flûte, Emilio Ferrando, clarinette, Joan Germán Oliveros, saxophone, Juan Carlos Segura, synthétiseur. Chœur polyphonique Schola Cantorum Paradisi Portae : Cristina Vicente Pimpinela (alto), Igor Tantos Sevillano (ténor), Marcos Castrillo Sampedro (ténor), Alberto Cebolla Royo (baryton)

Olga Mesa : Une table à soi (danses de mains). Conception, chorégraphie, textes, vidéos et corps opérateur : Olga Mesa. Dispositif scénique, lumière : Olga Mesa en dialogue avec Marta Blanco. Direction technique et régie lumière plateau : Citlalmina Jasso. Régie, édition, spatialisation vidéo : Marta Blanco. Bande son : Olga Mesa en dialogue avec Frédéric Apffel
Régie son, spatialisation et mixage : Frédéric Apffel. Les Ivanova (voix-off) : Sun Man, Joanna Macias, Louison Souviron, Nathanaël Ruiz de Infante, Claudia Texeira. Conseil dramaturgique : Francisco Ruiz de Infante, Catarina Saraiva, Roberto Fratini. Regard extérieur : Irène Filiberti.

Luz Arcas : Mariana. Danse : Luz Arcas. Voix : Bonela Hijo. Percussions et synthétiseur : Carlos González. Bugle : Abraham Ro, mero. Guitare : Bonela Chico. Claquements de mains et frappes de pieds : Carmen Ríos. Direction artistique, chorégraphie et espace scénique : Luz Arcas. Accompagnement dramaturgique : Rafael Sánchez & Mateo Paniagua. Assistance scénique et musicale : Abraham Gragera. Assistance artistique et costumes : Ernesto Artillo. Conseillère flamenco : Charo Martín. Lumières : Jorge Colomer

La Ribot : Pièce distinguée N°59. Direction artistique et chorégraphie : La Ribot. Avec La Ribot et Juan Loriente. Costumes : La Ribot et Marion Schmid. Direction technique : Marie Prédour. Productrice : Aude Martino. Communication et production : Juliette Henrioud Administration Gonzague Bochud. Production : La Ribot Ensemble. Paysage sonore : Pablo Contreras. Direction technique : Cristina Bolívar. Techniciens de tournée : José Espigares & Pablo Contreras. Photographie et vidéo : Virginia Rota, Alejandra Amere, Jorge Colomer. Design graphique : María Peinado. Production : Alberto Núñez & Alex Foulkes. Production exécutive : Fernando Jariego.

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.