Philip Glass et Camille Thomas : voix humaines
Camillas Thomas réunit dans un double album les deux concertos pour violoncelle de Philip Glass ainsi que quelques arrangements particulièrement bienvenus de pièces populaires du compositeur.
« Un jour j’ai reçu un message. De Philip Glass »… Aujourd’hui paraît Philip Glass for cello, nouvel enregistrement de la jeune violoncelliste (le cinquième à ce jour pour Deutsche Grammophon) de nouvelles versions des deux concertos du compositeur américain, celui, pour Thomas « qui a compris l’essence de l’humanité avant les autres ». On aurait volontiers imaginé le premier disque en seconde position, qui présente en premier le Concerto n°2 de 2012, supérieur dans la nouvelle version imaginée par Camille Thomas au premier, créé à Pékin en 2001 par Julian Lloyd Webber. Un Concerto n°1 où Glass s’attachait surtout à la confrontation de son style avec les possibilités de l’instrument qu’il explorait sur trois mouvements faits d’apprivoisements entre surgissements et abandons, ce que capte parfaitement l’urgence de la nouvelle prise de son avec la soliste au premier plan.
Pièce maîtresse de ces deux disques dans la version doublement nouvelle proposée Camille Thomas, le second concerto est né de Naqoyqatsi (2002), troisième volet de la trilogie cinématographique de Godfrey Reggio, où Glass, après son premier essai concertant, et aussi le très convaincant galop d’essai de la b.o. « très suite de Bach » de The Secret Agent (1996), eut envie de revenir à la voix humaine de l’orchestre, le violoncelle (celui de Yo-Yo Ma) lui semblant le mieux à même de contre-pointer la froide technologie des images du film. D’ailleurs l’œuvre ne commence-t’elle pas par un battement de coeu… Seize années après la sortie de Naqoyqatsi, Glass arrangea pour la salle de concert cette partition dans une version étonnamment frustrante puisqu’en délaissant les meilleures numéros de celle du film déjà publiée chez Sony, notamment l’irrésistible Religion, un des sommets de son répertoire (bien que pour l’heure encore assez méconnu), ce second concerto apparaissait carrément inférieur au premier. Ce qu’il n’est en aucun cas. Cette frustration a inspiré Camille Thomas, qui rétablit les onze pièces originelles, quitte à les raccourcir parfois de moitié afin de les faire tenir dans les dimensions traditionnelles du concerto, au fil d’une « version 2.0 » (ce sont ses mots) d’une quarantaine de minutes où Religion retrouve sa place dominante et Media Weather son étreignante mélancolie, le tout soutenu par la grande forme du Brussels Philharmonic conduit en cinémascope par Oscar Jockel. Introduit par un battement de cœur et conclu par une voix humaine bien réelle, le Concerto n°2 de Philip Glass doit une fière chandelle à Camille Thomas.
Le jeune chef a également procédé à quelques arrangements à 7 ou 8, qui devraient réjouir les ensembles de violoncelles : Etude n°2 mais aussi Etude n°16, ici plus plaintive que paisible. Avec le même talent, Camille Thomas s’est essayée à une nouvelle version de l’Etude n°5. La toujours stupéfiante Etude n°6 révèle au grand orchestre tout son potentiel symphonique. Plutôt que les deux Cello Partitas de 2007 et 2010, qui auraient pu compléter ce qui aurait constitué une belle intégrale des compositions de Glass pour le violoncelle, le minutage généreux de l’ensemble fait taire les regrets avec The Poet Acts qui ouvrait The Hours, ainsi que Symphony for Eight, arrangement pour octuor du dernier mouvement de sa Symphonie n °3, hommage de Glass à Nadia Boulanger dont l’on sait que le compositeur bien tôt nonagénaire a suivi le précieux enseignement : « Faites des œuvres du passé les ferments de votre propre langage ». On trouve dans le condensé d’humanité de cet album adoubé par Glass, son devenu incontournable Truman Sleeps, hélas placé au mitant du programme, alors qu’il aurait fait figure d’idéale conclusion de cette union des talents (composition et interprétation au diapason) de deux voix humaines essentielles d’un monde au bord du déséquilibre : rendez-vous dans les salles de concert…














