Le Berg de Christian Wasselin
Apparaissent, sur la photo de couverture, le portrait d'Alban Berg en miroir avec, au centre, la Loulou de Georg Wilhelm Pabst et une abeille qui chevauche le prénom du compositeur : signe, symbole et déjà quelques clés pour pénétrer le délire de dédales où nous entraine Christian Wasselin, avec un malin plaisir.

L'auteur a travaillé en s'amusant (et réciproquement), conduisant un récit en deux grandes parties qui se reflètent et où s'entrelacent le vrai (vie et œuvre d'Alban Berg) et la fiction (contes fantastiques que visitent les fantômes de Berlioz et E.T.A. Hoffman). Christian Wasselin dessine une forme où dominent les figures très bergiennes du miroir (ou du double) et met à l'œuvre une combinatoire autour du 12 (dodécaphonie oblige) et du 23, le nombre fétiche de Berg ; ainsi en va-t-il de l'élaboration architectonique de sa « composition » (tout est expliqué au chapitre 46) et des nervures structurelles autour desquelles va broder l'auteur, plus librement et dans l'élan de l'imagination, avec parodies, conférences, articles, entretiens, commentaires, lettres, etc.
Ils sont deux à mener le débat, Henri Saint-Aufus, (H. S-A) d'une part, docteur es-musicologie, qui analyse, réfléchit et approfondit l'œuvre de Berg avec le plus grand sérieux, et Krystian Kukielka (à l'ascendance polonaise) qui s'invente des chimères et transcende le réel. Gravitent autour d'eux, deux assistants-stagiaires, Cyril Passereau et Florian Héro, mettant la main à la pâte, et bien d'autres personnages qui s'invitent par ramifications, expansion rhizomatique et déploiement rhapsodique (de Tintin à Boulez) autour des thèmes qui texturent le propos. Central (comme dans la photo de couverture), est le personnage de Lulu – avec Lulu et La boite de pandore, tragédie monstre de Wedekind – et source d'invention infinie, tout comme le cirque (allusion au dompteur du prologue de l'opéra) et la Castafiore, parodie du mythe de Lulu. Présents également les deux pôles féminins qui gouvernent la vie sentimentale de Berg : Hélène, son épouse, et Hanna, son désir inassouvi (idée fixe) qu'il immortalise de façon cryptique dans la Suite lyrique. Citons encore Alma (épouse de Mahler) et Smaragda (la sœur d'Alban)… Les dérives opératiques et littéraires de l'auteur sont foison, irrigant d'autres thématiques tout aussi obsessionnelles dans l'ouvrage : celle de l'abeille et sa piqure dont mourra Berg à l'âge de 50 ans, ou encore celle de l'asthme dont il souffrira toute sa vie…
Certes inattendue de la part de l'éminent berliozien qu'est Christian Wasselin, et un rien labyrinthique, cette biographie fantastique, sous la plume aussi fine qu'érudite de l'auteur, déploie très librement et avec bonheur sa fantasmagorie au sein d'une démarche toute bergienne où le sens rigoureux de l'architecture agit comme contrepoids au délire de l'imagination.








