Rückers 1612 : un très beau récital de clavecin flamand par Hélène Diot
Sur un clavecin Rückers daté de 1612, Hélène Diot nous propose un concert début XVIIᵉ siècle, principalement consacré à Sweelinck.
Les clavecins de Johannes Rückers (Anvers, 1578-1642) sont rares, et ceux qui sont jouables le sont encore plus. Celui du Musée Unterlinden de Colmar (1624) est très connu et courtisé par les plus grands, de Blandine Verlet à Christophe Rousset. Le modèle de 1612, propriété des Musées d'Amiens, vient d'être restauré par le Musée de la Musique de Paris. Tous les deux ont été un peu modifiés au XVIIIe siècle, mais celui de 1612 encore moins que celui de 1624. C'est donc un son qu'on peut estimer « flamand » qu'il nous est proposé d'entendre dans cet enregistrement d'Hélène Diot, et on est frappé par la magnifique santé sonore de ce clavecin. Capable de sonorités feutrées ou éclatantes selon les registres, il est toujours d'une franchise remarquable : les attaques sont nettes et les tenues plutôt longues, les graves profonds et les aigus clairs, sans aucune stridence. La pièce Die flichtig Nimphae (la nymphe fugitive) est, dans ce registre aigu, particulièrement admirable, subtile et diaphane, insolente et carillonnante. La célèbre Fantasia Cromatica permet d'apprécier toute la richesse des couleurs sonores de ce magnifique instrument, depuis des graves profonds jusqu'à ces aigus fins et luthés, en passant par un médium bien timbré.
Hélène Diot a choisi un programme parfaitement cohérent, composé pour l'essentiel de l'amstellodamois Sweelinck, compatriote et contemporain de Rückers. Elle y adjoint une peu de Byrd et de Gibbons, dits virginalistes anglais, également contemporains de Rückers et dont Sweelinck a subi l'influence. La Pavana Lachrymae (La pavane des larmes) de Byrd témoigne à elle seul du goût parfait d'Hélène Diot. La vélocité est là, mais n'est jamais creuse. L'intériorité est aussi bien sentie, mais n'est pas complaisante. La Pavana Lachrymae de Sweelinck parait encore plus sobre, plus sombre, plus concentrée que celle de Byrd, mais le son est tellement beau et les intentions d'Hélène Diot si bien mesurées qu'elle ne peut tomber dans l'austérité. Dans l'Echo Fantasia de Sweelinck, le phrasé de l'artiste apparait à la fois souple et parfaitement construit. Tout le programme est de la même eau, fraîche, pure et d'une saveur des plus délicates. Pour un premier disque, c'est une très belle réalisation. On demande à entendre Hélène Diot en prise avec d'autres compositeurs, qui ont besoin de son charme et de son authenticité. Il y en a tant !








