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Prix Caecilia 2025 : grand cru discographique

 

Le Foyer de la Monnaie, sous l'égide de son intendante générale Christina Scheppelmann, a proclamé jeudi dernier les Prix Caecilia 2025. Rappelons que, par cette distinction phonographique, l'UPMB entend depuis 1974 « récompenser les meilleurs enregistrements mis en vente sur le marché belge, en mettant l'accent sur les nouveaux talents, les répertoires rares et les projets audacieux ».

Introduite par le président de l'Union, Jasper Croonen, la cérémonie s'ouvrait avec la remise du titre de Jeune Musicienne de l'Année à la soprano Gwendoline Blondeel. Formée à l'IMEP de Namur auprès d'Elise Gäbele (qui façonna également le premier cristal de la regrettée Jodie Devos), passée par la Monnaie Academy puis par Genève, la jeune artiste impose déjà une signature vocale d'une rare plasticité : même aisance dans la ligne dépouillée de Josquin des Prez que dans les sinuosités contemporaines d'un Jean-Luc Fafchamps. Repérée dès 2019 par William Christie au concours de Froville, elle confirme ici un essor international avec Amor Eterno (Harmonia Mundi), conçu avec Quito Gato et Mathilde Vialle, premier jalon discographique distingué de la soirée.

Le reste du palmarès dessine une véritable traversée de l'histoire de la musique, où chaque projet semble moins illustrer un répertoire qu'en proposer une relecture habitée. Côté baroque, et creusent avec Songs of Passion (Erato) un sillon d'une intensité intériorisée dans John Dowland et Henry Purcell : le discours s'y fait confidence, presque murmure. À l'opposé, mais avec une égale souveraineté, et investissent Dido and Aeneas avec une ampleur dramatique royale, soutenus par la pâte orchestrale nerveuse d'Il Pomo d'Oro sous la direction inspirée de (Warner). Le versant sacré est magnifié par , qui fédère, chez Ricercar, une lecture incandescente du Dixit Dominus de Georg Friedrich Haendel, mis en regard avec la Missa concertata de Giovanni Paolo Colonna, révélée avec éclat par la et le .

L'instrumental baroque se décline en deux visions antagonistes et également convaincantes : d'un côté, et l' proposent des concertos pour clavier de Johann Sebastian Bach d'une transparence architecturale saisissante (Warner) ; de l'autre, Stéphanie-Marie Degand, à la tête de La Diane Française, restitue aux concertos de Jean-Marie Leclair une vitalité rhétorique et un éclat stylistique singuliers, dans une approche historiquement informée pleinement assumée (NoMad Music).

Le piano romantique se voit honoré dans des esthétiques contrastées. cisèle les nocturnes de John Field (DGG) avec une pudeur et une suspension du temps qui en révèlent la modernité latente. et , dans Visiting Rachmaninov (Harmonia Mundi), tissent une alchimie rare entre voix et clavier, tandis que et investissent les ultimes pages pour piano à quatre mains de Franz Schubert avec une intensité crépusculaire, Clef ResMusica (Warner).

Le XXe siècle trouve une incarnation majeure avec l'album consacré à György Ligeti par Les Siècles sous la direction de : une lecture privilégiant une sensualité du timbre, portée par et — réussite déjà couronnée par une Clef d'Or ResMusica 2025.

Enfin, le jury a décerné deux « Coups de Cœur ». Le premier distingue l'altiste , en compagnie de , pour Farasha (BR Klassik), projet d'une intelligence transculturelle rare, lui aussi salué dans nos colonnes par une Clef d'Or 2025. Le second revient à Elodie Vignon pour Monsieur Debussy – Soirs d'Or (Cyprès), jalon d'une maturité impressionnante dans une intégrale pianistique en cours d'élaboration, dont le second volume devrait être capté l'été prochain.

La soirée fut ponctuée de deux moments de grâce : Gwendoline Blondeel, soutenue par le jeu noble de Julien Libeer, a offert deux mélodies de Gabriel Fauré d'une intériorité lumineuse, avant qu'Elodie Vignon ne fasse naître de la debussyste Soirée dans Grenade un paysage sonore aux couleurs iridescentes, laissant planer dans le Foyer de la Monnaie le souvenir persistant d'une Espagne onirique. (BH)

Crédit photographique : la soprano Gwendoline Blondeel « Musicienne de l'année »
© Camille Doyen

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