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Hans Knappertsbusch brucknérien hors pair

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°3 en ré mineur (version de 1890). Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried Idyll. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Hans Knappertsbusch. 1 CD Testament SBT1339. Code barre : 749677133924. Enregistré du 1er au 3 avril 1954 (Bruckner) et le 1er avril 1955 (Wagner) en la Grande Salle du Musikverein de Vienne. ADD [mono]. Notices trilingues (anglais, allemand, français) excellentes. Durée : 73’22’’

 

Les diverses versions des Symphonies brucknériennes seront éternellement sujettes à d’interminables polémiques, et cela concerne tout particulièrement la Symphonie n°3 ayant subi le plus de transformations. Jugez-en donc : version 1873 originale [édition Leopold Nowak, 1977] ; version 1874 [édition Thomas Rœder non publiée] ; version 1876 Adagio seulement [édition Leopold Nowak, 1980] ; version 1877 [édition Leopold Nowak (avec coda du Scherzo), 1981] ; version 1878 [édition Fritz Œser (sans coda du Scherzo), 1950] ; version 1889 [édition Leopold Nowak, 1959] ; version 1890 révision complète de Bruckner avec Joseph et Franz Schalk [première édition (Theodor Raettig), 1890] ; 2005 « Neufassung » reconstruite à partir des éditions 1873-1876-1877-1889 [édition Peter Jan Marthé, 2006].

La Symphonie n°3 de Bruckner est certainement celle où les différences entre les éditions sont les plus notables : elles portent en effet non seulement sur la construction, mais aussi, fait plus rare, sur l’orchestration. Lorsque Bruckner la révise en 1890, il a déjà composé ses huit premières Symphonies et est en pleine possession de son art. Initialement d’un climat encore schubertien par l’expression mélodique et wagnérien par certains effets orchestraux (elle n’est pas pour rien parfois sous-titrée « Wagner »), elle parle définitivement, en sa version 1890, le langage de la maturité brucknérienne propre à la trilogie symphonique finale.

Caractère direct et impérieux, volontiers agressif et d’une indépendance intransigeante, (1888-1965) – que ses amis et ses musiciens appelaient familièrement « der Kna » – affirmait au pupitre un tempérament très personnel, tout en ne s’encombrant pas de répétitions superflues, ne reculant pas devant certaines libertés de détail qu’il ne croyait devoir prendre que pour être plus fidèle à l’esprit des œuvres, et il faut bien dire que peu de chefs ont atteint sa puissance et sa plénitude, notamment dans les pages de Bruckner et Wagner. Knappertsbusch est toujours resté inconditionnellement attaché à la première édition des Symphonies de Bruckner, estimant devoir respecter la grande tradition interprétative de cette musique, ce qui implique qu’il n’utilisait pas toujours – et il n’était d’ailleurs pas le seul à l’époque – les versions dites « originales » dans le sens où on l’entend de nos jours, c’est-à-dire celles uniquement de la main du compositeur, surtout sans influence aucune d’autrui, ce qui a évidemment valu à Kna les reproches trop faciles des critiques.

Dans le cas de la Symphonie n°3, il utilise donc la première édition reproduisant la version 1890 de Bruckner aidé de Joseph et Franz Schalk. Plus étonnant surtout, si l’on écoute les autres enregistrements de cette Symphonie dont nous disposons de l’illustre chef, on constate d’infimes retouches personnelles faites suivant l’humeur du moment, révélant le côté fantasque de sa personnalité.

Ceci dit, qu’en est-il de cette interprétation viennoise ? Magnifiée par l’orchestre et une prise de son exceptionnelle pour l’époque (Decca, évidemment !), c’est assurément la vision la plus dynamique, grandiose, puissante et la plus satisfaisante de cette œuvre commise au disque. L’auteur de ces lignes se souviendra toute sa vie du premier contact radiophonique qu’il eut tout jeune avec à la fois cette Symphonie et celui qui la défendait : l’enfant qu’il était s’est caché derrière un fauteuil, effrayé par la grandeur implacable et mystérieuse de l’œuvre et de son interprétation ! Bruckner, le naïf mystique, n’aurait certainement jamais imaginé cela…

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