Daniil Trifonov, jeune pianiste sensible

DANIIL-TRIFONOV-FOTO-2À 22 ans, crée beaucoup d’intérêt sur son nom pour la maturité et la fraîcheur de son style. ResMusica a suivi sa carrière depuis le concours Chopin en 2010 à Varsovie et l’a rencontré à Paris avant un concert avec Valery Gergiev. Nous avons trouvé un jeune homme d’une grande simplicité et sensibilité, surtout soucieux de retrouver l’atmosphère unique dans laquelle les compositeurs ont été inspirés à inventer, et à peine conscient de la pression croissante résultant de l’attention des médias sur sa personne.

« Les sculptures de Rodin m’ont fait l’une de mes plus fortes impressions. »

ResMusica : A seulement 22 ans, vous êtes célébré par les critiques musicaux et des artistes influents tels que Martha Argerich, vous avez enregistré avec Gergiev et l’orchestre du Mariinsky, signé avec Decca et maintenant Deutsche Grammophon.  Avez-vous pensé quand vous aviez 15 ans que tout cela serait possible? Réussissez-vous à garder votre concentration malgré cette nouvelle célébrité ?

: A 15 ans, j’étais encore à Moscou et je commençais juste à jouer dans des concerts, peu à peu. Je ne pouvais pas l’imaginer. Je me concentre sur l’interprétation, et la concentration est particulièrement importante pour les enregistrements vidéo. Quand il y a beaucoup de temps consacré au travail non-spirituel, il est difficile d’aller dans la profondeur de l’œuvre. Le jour du concert, je m’isole pour garder ma concentration.

RM : Le temps des concours est maintenant terminé pour vous. Vous étudiez aujourd’hui à Cleveland avec . Combien de temps allez-vous continuer à étudier ?

DT : Je n’ai pas l’intention de cesser d’étudier avec des professeurs, Sviatoslav Richter n’a jamais cessé d’étudier. a des suggestions incroyables, il attend les élèves qu’ils viennent avec leurs propres suggestions. Il enseigne à 7 étudiants âgés entre 19 et 30 ans, et de temps en temps, il nous réunit en classe de studio.

RM : Vous êtes né l’année de l’effondrement de l’URSS. L’accent mis sur la culture a été considérablement réduit dans les années 1990, sentez-vous – votre génération ou vous-même – que vous a été impacté par cette situation ?

DT : Je ne suis pas sûr. J’ai commencé dans ma ville de Nijni-Novgorod, et quand je suis arrivé à Moscou à l’âge de 8 ans, il y avait eu des progrès significatifs dans la qualité de vie. À l’École de musique Gnessine, il y avait un enthousiasme incroyable de mon professeur Tatiana Zelikman. Elle ne regardait pas sa montre lorsque nous préparions un programme. Aujourd’hui, le gouvernement apporte plus d’attention à la musique, non seulement à Moscou et à Saint-Pétersbourg, mais aussi dans d’autres régions. Un nouvel opéra a été inauguré à Astrakhan l’année dernière, la salle de l’Orchestre Philharmonique de Omsk a été rénovée aussi…

RM : Je n’ai pas trouvé de comptes-rendus de concerts en Russie, et vous ne semblez pas y jouer souvent ?

DT : L’Europe et les États-Unis ont une longue tradition de journalisme musical. La Russie est un pays très neuf, beaucoup de choses sont nouvelles, les salles de concert sont récentes et celles qui ont réussi ont encore à s’organiser.

RM : Les critiques musicaux, y compris sur ResMusica (voir notre critique du Septembre musical à Vevey), insiste sur la fraîcheur de votre style et votre façon de communiquer avec le public. Est-ce quelque chose que vous travaillez spécifiquement ?

DT : Quelque chose que j’ai appris à Cleveland est d’explorer les possibilités d’une œuvre. Si vous vous en tenez à une seule manière d’interprétation, cela va réduire les couleurs. Il est important de regarder l’œuvre sous différents angles, d’élargir sa perspective, d’essayer de jouer dans plusieurs ambiances différentes, cinq ou dix, de jouer le même morceau de manières exagérées, et ensuite de jouer naturellement.

RM : Vous composez aussi, avec un style qui est proche de la musique post-romantique, de Scriabine ou de Prokofiev. Est-ce une façon de dire que la musique de cette époque résonne encore pour les jeunes générations d’aujourd’hui ?

DT : Composer est une question d’accumulation en moi, et qui doit sortir. Je ne compose par pour un but, je peux ne pas composer pendant des mois, puis en une semaine une grande quantité est écrite et alors je repousse à plus tard plein d’autres choses. J’ai commencé à composer à l’âge de 5 ans. Dans la composition, il y a une atmosphère unique de la personne qui compose, qui ne peut être répétée, et comprendre plus tard cette atmosphère permet de bien la jouer.

RM : Donc, votre interprétation cherche à trouver l’état d’esprit original du compositeur ?

DT : La musique vient à la suite de l’impulsion d’un certain état émotionnel ou spirituel, qui n’est pas ordinaire. Cet été créée cette impulsion et retrouver cet état d’esprit est la tâche de l’interprète. D’autres formes d’art sont d’une grande aide dans l’élargissement de notre horizon, les arts, la littérature… Les sculptures de Rodin au musée d’Orsay m’ont fait l’une de mes plus fortes impressions : vous pouvez immédiatement voir la façon vraiment unique d’une expression faite avec une invention qui n’est jamais juste dans le seul but d’inventer, la Main du diable par exemple.

RM : Le public de la musique classique est vieillissant, et cette question de l’âge deviendra critique dans les 10 prochaines années, en particulier pour la musique instrumentale. Comment voyez-vous , vous et votre génération, votre rôle pour attirer les jeunes dans les salles de concert ?

DT : [Après un silence] Les musiciens sont en charge de faire en sorte que chaque interprétation est faite avec 100 % de dévotion à la musique, et de faire de leur mieux pour que les gens aiment la musique autant que vous.

Crédits photographiques : © Roger Mastroianni

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