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Quand le Béjart Ballet Lausanne fait escale à la Seine musicale

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Boulogne-Billancourt. La Seine Musicale. 12-III2026. Chorégraphies :  Maurice Béjart. « Béjart et nous » (Best of). « L’Oiseau de feu ». Musique : Igor Stravinsky. Avec : Konosuke Takeoka, Zsolt Kovacs et 20 danseurs.  « Boléro » Musique de Ravel, avec Elisabet Ros et 18 danseurs. Béjart Ballet Lausanne, direction artistique : Julien Favreau

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De retour à Paris, le investit pour la première fois la Seine Musicale. Avec un programme traditionnel.

Ceux qui connaissent bien Béjart et son œuvre ne seront pas surpris par ce programme parisien. Il nous donne à voir un best of et deux tubes absolus. Ce ne sont donc pas des sources d'étonnements, mais cela permet de voir qui sont les danseurs de l'année et comment ils incarnent le style maison, forcément différent d'une version dansée par d'autres compagnies que celle du Maître.

« Béjart et nous » aligne 13 morceaux qui se succèdent habilement, composés de solos, duos ou ensembles que l'on a vu dansés par leurs créateurs ou leurs proches successeurs, ce qui est parfois une gageure pour les danseurs d'aujourd'hui. Ces 13 extraits permettent aussi de voir (et le titre de ce best of ne le montre pas) à quel point Béjart était un grand voyageur, visitant avec gourmandise et passions les cultures du monde dont il nous offrait en retour ces carnets de voyage sous forme dansée.

On revoit toujours avec bonheur ce mémorable duo à effet miroir qu'est Héliogabale sur des musiques traditionnelles tchadiennes, et Floriane Bigeon et Edoardo Boriani reprennent formidablement bien ces postures de corps cambrés ou imbriqués, dont on peut parfois se demander aujourd'hui si elles ne peuvent pas être un peu dérangeantes, dans le contexte actuel de réappropriation culturelle. Reste que cela passe encore, par la grâce de ces interprètes. C'est plus difficile pour Daniel Aguado Ramsay d'acquérir l'effet comique du Trish Trash de Strauss. Il domine pourtant largement les trouvailles cocasses et si musicales de la chorégraphie, mais il y manque la drôlerie d'un danseur qui doit aussi,  justement, s'amuser avec ce matériau.

Le Tango de Faust en revanche nous donne à revoir ce magnifique duo masculin (excellents et très béjartiens Aubin Le Marchand et Antoine Le Moal), qui reprend d'ailleurs le fait qu'en Argentine, le tango peut aussi être dansé par deux hommes. Les danses Grecques permettent aux filles du corps de ballet d'évoluer dans un bel ensemble et l'on revient à ce si fort duo du Dibouk, ballet autour d'un mariage traditionnel juif où l'homme et la femme ne semblent pas si amoureux. On se souvient de Gil Roman dans le rôle masculin et sa reprise par est bien à la hauteur.

Si les ensembles de Wien Wien, nur du Allein ont pris un peu d'âge, et si les chorégraphies sur les chansons de Brel ne sont pas mémorables, on revoit en revanche avec grand plaisir le fameux Jerk de « Messe pour le temps présent » crée en 1967 dans la Cour d'Honneur d'Avignon. Ce ballet qui a fait date dans l'histoire de la danse, avec ces danseurs en jean-basket évoluant sur la musique concrète de Pierre Henry n'a rien perdu de sa modernité. Étonnamment, rouler des mécaniques, pédaler avec les pieds allongé par terre ou sauter dans les bras de son partenaire jambes écartées reste toujours l'apanage d'une jeunesse heureuse, dont rêve sûrement celle d'aujourd'hui.

La jeunesse, c'est ce que l'on discerne bien dans L'Oiseau de feu version 2026. Il y a  dans l'Oiseau de une jeunesse toute enfantine, volant de ses ports de bras plus virevoltants que béjartiens, tel, justement, l'oiseau sorti du nid. Il y a du féminin dans cet Oiseau si musical, et pourquoi pas. Car Michael Denard, le créateur du rôle en 1970, plus solaire que son jeune interprète actuel, avait aussi de cette douceur en lui. On se prend d'ailleurs à penser que, tout comme le Boléro, initialement crée en 1961 pour une danseuse (Dushka Sifnios) et qui avait été ensuite donné à Jorge Donn et tant d'autres hommes et femmes ensuite, on pourrait bien imaginer un Oiseau devenant Oiselle. Ses comparses « Partisans » en veste chinoise (mais pas maoïste pour autant, contrairement à ce que l'on a pu croire) sont, eux aussi, dans une chorégraphie semblable pour garçons et filles, à l'unisson d'une jeunesse rebelle, mais faisant communauté.

Cette même communauté circulaire, se voit évidemment dans le Boléro final, dont la version Béjart est sans doute la vision chorégraphique la plus aboutie qui soit, depuis le quasi centenaire de la naissance musicale de l'œuvre en 1928. Chez Béjart, les 18 hommes torse nu en cercle autour de la fameuse table rouge font toujours forte impression. Et , tout en douceur et sans forcer, continue à donner une toute autre appropriation de la mélodie, avec une intériorité certaine. Ce n'est pas ainsi qu'on la voit dansée par la jeune génération, plus en force et en rage. A 57 ans, donne autre chose. Elle dira adieu cette semaine à ce rôle qui l'a tant habitée. Cette longévité et cette persévérance à grimper encore sur la table pour 18 minutes de présence non stop, forcent respect et admiration. On a plaisir et émotion à saluer une dernière fois la quasi ultime interprète béjartienne actuelle qui aura connu et travaillé avec le maître (il reste encore l'impressionant Oscar Chacon). Une page se tourne, qui verra s'écrire, l'an prochain, les festivités du 100e anniversaire de la naissance de Maurice Béjart. Avec, on l'espère, la possibilité de revoir, telle une grande anthologie, des chefs d'œuvre anciens peu programmés comme Symphonie pour un homme seul, Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, le Teck et autres Notre Faust, Gaîté Parisienne ou Sonate à trois.….

Crédits photographiques : Wien, Wien, nur du Allein ©Gregory Batardon ; L'Oiseau de Feu © Admill Kuyler ; Boléro © Gregory Batardon

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Boulogne-Billancourt. La Seine Musicale. 12-III2026. Chorégraphies :  Maurice Béjart. « Béjart et nous » (Best of). « L’Oiseau de feu ». Musique : Igor Stravinsky. Avec : Konosuke Takeoka, Zsolt Kovacs et 20 danseurs.  « Boléro » Musique de Ravel, avec Elisabet Ros et 18 danseurs. Béjart Ballet Lausanne, direction artistique : Julien Favreau

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