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Le Villi à Nice : la belle (re)naissance d’un grand compositeur d’opéra

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Giacomo Puccini (1858-1924) : Le Villi, opéra en deux actes sur un livret de Ferdinando Fontana. Mise en scène, décors, costumes, lumières et chorégraphies: Stefano Poda. Avec : Vanessa Goikoetxea, soprano (Anna) ; Thomas Bettinger, ténor (Roberto) ; Armando Noguerra, baryton (Guglielmo Wulf) ; Monica Guerritore, rôle parlé. Choeur (chef de choeur : Giulio Magnanini) et Orchestre Philharmonique de Nice, direction : Valerio Galli

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Le très imaginatif Opéra de Nice continue, après Edgar, de remonter l'horloge puccinienne. Pour la création française de Le Villi, benjamin d'une impressionnante liste de chefs-d'oeuvre, Bertrand Rossi a souhaité voir les choses en grand en invitant à en mettre, comme à son habitude, plein la vue.

Comment le jury du concours d'opéra lancé par la maison d'édition Sonzogno a-t'il pu rater l'avènement de ! Fêté par les auditeurs de son Capriccio Sinfonico, accusé plus tard de trop mettre l'orchestre en avant, l'inconnu qui allait composer Tosca dut le céder devant deux autres qui, eux, le sont restés à ce jour. Or tout Puccini est déjà là dans Le Villi, « opéra-ballet en un acte » créé à Milan au Teatro dal Verme en 1884 et repris, après Turin, à La Scala dès 1885 dans une version révisée en deux actes. Nice fait œuvre salutaire en remettant les pendules à l'heure de cet opéra aussi bref (1H10) que dense avec son alignement de numéros d'une séduction immédiate, ses thèmes d'une grande beauté (interludes d'orchestre compris). L'exécution fervente et spectaculaire qu'en donne transforme en coup de maître ce que même les plus fervents pucciniens qualifient généralement de balbutiement. Il convient ici de séparer la musique des mots : balbutiant, le livret à trous de Ferdinando Fontana l'est assurément, si allusif que l'apport parlé d'un narrateur s'avère indispensable (Maazel avait Tito Gobbi, Galli a Monica Guerritore) pour combler les blancs d'un scénario qui en vaut d'autres.

Inspiré par les légendes venues de l'Est, Le Villi ressuscite les villi, fantômes féminins de filles soit sans baptême (Bulgarie), soit ayant encouru la colère divine pour leur orgueil (Serbie), soit légères et revenant aider ceux qui les avaient respectées ou hanter ceux qui les avaient maltraitées (Pologne). Dans le livret de Fontana, elles sont les âmes errantes de celles qui ont été abandonnées par des amants infidèles, tel Roberto, jeune homme qui a conduit à la mort Anna après que la jeune femme eut été délaissée par son fiancé pour une courtisane. Roberto, quitté à son tour, et pétri de remords, revient au pays sur les traces de ses primes amours. En chemin, il succombe à son tour à la danse mortelle des villi conduite par Anna.

Le Villi est bien davantage qu'un essai prémonitoire avec ses deux grands airs : la « petite femme puccinienne » est déjà là dans le « Non ti scordar di me » d'Anna, Mario et les autres se pressent déjà dans le « Torna ai felici dì» de Roberto. Le Villi offre à ses deux principaux interprètes l'occasion de faire fonctionner l'applaudimètre, ce dont ne se privent ni ni , dont l'italianità enflammée, les conséquents moyens s'accordent au diapason d'une fosse haute en couleurs. Doté lui aussi d'un grand air, le Guglielmo d' s'inscrit avec autorité dans cet opéra à trois. Le Villi se donne tous les moyens de l'opéra, dont un ballet (Nice met en avant huit danseuses donnant beaucoup d'elles-mêmes pour exprimer ce que cette musique a déjà de galvanisant) et surtout un chœur, dont la partie nourrie enflamme celui de l'Opéra de Nice, vraiment stupéfiant.

Reste le cas Poda. Indéniablement sa matière visuelle, aujourd'hui bien connue, éblouit la rétine et n'est pas pour rien dans le succès de ces quatre Villi niçois. Effet whaou garanti lorsque le rideau se lève sur le trio de murailles podiennes enserrant, à la manière des murs d'aujourd'hui remplis de cailloux, des bas-reliefs à l'antique pétrifiant corps, visages, membres (ceux des amants infidèles ?) dérobés à un chantier de fouilles ou à une exposition muséale. Effet whaou garanti devant le surplomb d'un lacis de tubes fluorescents arrachant à vue un arbre mort arachnéen à la pesanteur. Effet whaou à chaque intervention du jeu d'orgues. L'image est belle, indéniablement. C'est lorsqu'elle s'anime que les choses se gâtent. Maniérisme pour le chœur, hiératisme ou expressionnisme exacerbés pour les solistes, code vestimentaire entre le classieux (longs manteaux druidiques) et le clichetonneux (la scène de la débauche sado-maso), érotisme pudibond et lenteur d'escargot pour tous : on a le sentiment d'assister à un défilé de mode sans véritable axe directionnel, qui parfois même se prend les pieds dans sa propre mégalomanie (le chœur ne sait manifestement que faire de l'indéchiffrable toile d'araignée que la mise en scène lui tend pour le Sabbat des Villi). Même circonscrite dans un fascinant cercle lumineux, la direction d'acteurs erre sans crainte du ridicule entre effets de manches, reptations et chutes. metteur en scène-scénographe-costumier-éclairagiste-chorégraphe ne raconte rien que de convenu, ne prend aucun risque, sinon la pose. La belle coquille (qui pourrait, de L'Orfeo à Satyagraha convenir à n'importe quel titre) était vide. Sous le chic du vernis moderniste, le toc de l'opéra de papa.

Crédit photographique : © Julien Perrin

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Giacomo Puccini (1858-1924) : Le Villi, opéra en deux actes sur un livret de Ferdinando Fontana. Mise en scène, décors, costumes, lumières et chorégraphies: Stefano Poda. Avec : Vanessa Goikoetxea, soprano (Anna) ; Thomas Bettinger, ténor (Roberto) ; Armando Noguerra, baryton (Guglielmo Wulf) ; Monica Guerritore, rôle parlé. Choeur (chef de choeur : Giulio Magnanini) et Orchestre Philharmonique de Nice, direction : Valerio Galli

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