Alessandro Scarlatti et ses ambiances nocturnes avec Francesca Aspromonte et Arsenale sonoro
De nos jours encore quelque peu dans l'ombre de son fils Domenico, Alessandro Scarlatti s'avère cependant un compositeur racé et confident comme le démontre ce programme, ici consacré à quelques cantates et sonates de chambre. L'art du discours de Francesca Aspromonte fait merveille, portée par des instrumentistes raffinés et conduits avec subtilité par Boris Begelman.

Alessandro Scarlatti fut en son temps le grand maitre incontesté de la Cantate de chambre, forme musicale évoquant quelque Oratorio miniature ou une Sérénade comme le porte souvent telle ou telle œuvre. Francesca Aspromonte a découvert le compositeur lors d'une masterclasse commémorant les 350 ans de sa naissance. Scarlatti est devenu pour la période baroque son musicien préféré. Elle lui rend magnifiquement hommage en lui consacrant pour son premier CD chez Aparté l'intégralité de son programme.
Deux Sonates instrumentales à quatre s'insèrent harmonieusement entre trois Senerata e Cantata. Scarlatti y campe le décor de la nuit, propice à l'expression de quelque amour contrarié. Les airs sont porteurs d'émotions douloureuses voire enflammées. Tel un tableau jouant sur les ombres et les lumières, chaque air devient un microcosme livrant un troublant discours rehaussé par une harmonie subtile de la part des instrumentistes de l'ensemble Arsenale Sonore qui, tel un écrin d'argent, enveloppent la voix rayonnante de la soliste.
La Serenata « All'hor che stanco il sole H. 33 » est enregistré en première mondiale. Sans doute la plus ancienne pièce de la série, cette œuvre se montre libre par son mode majeur et ses enchainements directs jusqu'à l'apaisement. C'est le thème du « soleil fatigué » par tant de courses effrénées qui s'efface enfin en une berceuse finale. La voix charmeuse tour à tour douloureuse et consolatrice de Francesca Aspromonte sublime ces textes où la rhétorique musicale prend toute sa place.
On appréciera en intermèdes aux Cantates, deux Sonates à quatre mettant en valeur les grandes qualités des interprètes exprimant tout un tas d'affects des plus virtuoses aux plus mystiques. Depuis son violon Boris Begelman imprime son style, sa pulsion motrice du plus lent au plus rapide. Les Sérénades sont conduites de la même manière pour magnifier la lumineuse voix méditerranéenne de la soprano soliste.
Les langueurs nocturnes d'Alessandro Scarlatti, grand maitre de la Cantate italienne ont rencontré ici des musiciens habiles et inspirés afin de traduire toute la sensualité contenus dans ces chefs-d'œuvre de l'Italie baroque. L'enregistrement, réalisé dans l'acoustique d'une ancienne église à Mondovi (Italie) apporte un plus par son grain particulier, en harmonie totale avec la musique.
















