Rachid Ouramdane révèle le Ballet de l’Opéra de Tunis à Chaillot
En remontant son ballet Tenir le temps avec le Ballet de l'Opéra de Tunis, Rachid Ouramdane revient sur une pièce créée en 2015 au festival Montpellier Danse. Onze ans après, l'œuvre qui interroge la question du groupe et du mouvement collectif n'a pas pris une ride.

Rachid Ouramdane s'avance devant le public de la salle Firmin Gémier du Théâtre national de la danse pour présenter sa pièce chorégraphique Tenir le temps, qu'il remonte pour sept représentations pour le Ballet de l'Opéra de Tunis, dans le cadre de la Saison France-Méditerranée. Les représentations seront prolongées par des ateliers ouverts à tous, dans le cadre de Chaillot Expérience. Avant chaque représentation de Tenir le temps, un danseur du Ballet de l'Opéra de Tunis, à chaque fois différent, présente une courte pièce. Ce soir, le danseur Hazem Chebbi, originaire de Tozeur, aux portes du Sahara, propose un solo délicat, inspiré de sa grand-mère, dont on entend la voix enregistrée. Le danseur, qui a fait ses classes dans la danse urbaine, commence à dérouler des tissus colorés dans la pénombre. Petit à petit, son corps s'anime. D'abord les doigts, puis les mains et les bras, qui se font vagues. Le mouvement s'étend progressivement à tout son corps. Le geste est parfois saccadé, évolue en figures hip-hop au sol, revient à la fluidité. L'émotion est palpable et la pièce prend tout son sens lorsque l'on découvre un long drap blanc posé au sol devant lequel le danseur s'assoit, de dos, alors que revient la voix de sa grand-mère…

Conçue au départ pour 16 danseurs, la nouvelle version de Tenir le temps se joue à 15 et commence par le solo d'une danseuse dont le corps semble désarticulé, comme un pantin. Les autres danseurs finissent par envahir la pièce dans un flux continue de courses, d'entrées et de sorties par des portes latérales. Les individus se fondent dans la masse et se rassemblent régulièrement pour former des lignes ou des ensembles qui viennent se morceler. Le mouvement est incessant et l'on a l'impression d'une foule, d'individus qui se croisent et parfois se (re)trouvent. La musique répétitive de Jean-Baptiste Julien est parfois dissonante, agaçante même. La danse semble évoluer par à-coups. Les courses effrénées se terminent abruptement, des couples évoluent au ralenti dans un joli moment suspendu… Tenir le temps est, selon Rachid Ouramdane, « une métaphore du monde contemporain, où les individus doivent sans cesse s'ajuster, se croiser, se frôler, parfois s'ignorer… Elle interroge notre rapport au collectif, à la temporalité et à la manière dont nous habitons le monde à plusieurs. »
Crédit photographique : © Patrick Imbert
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